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LES GROUPEMENTS LEXICAUX 17 страница




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§ 68. Le rôle des emprunts dans l'enrichissement du vocabu­laire. L'emprunt aux autres langues est un processus naturel et régulier qui découle de l'établissement de contacts toujours plus étroits entre les peuples. En principe, les emprunts enrichissent la langue qui les accueille.

Le français ne fait pas exception à cette règle. A. Sauvageot écrit à ce propos : « Que le français emprunte des vocables à d'autres langues est une pratique banale, connue de toutes les langues. En général, tout concept, dès qu'il a été élaboré dans une langue, peut passer dans tout autre idiome, soit en gardant sa forme, rarement sa prononciation d'origi­ne, soit en étant adapté à la langue emprunteuse.... Tout vocable conve­nablement adapté à la prononciation française se confond avec les mots du fonds national. Il n'y a donc aucune raison de renoncer à emprunter un terme étranger commode ou même indispensable dès lors qu'il remplit cette condition » [39, p. 139]. Il arrive cependant que dans certaines pé­riodes les emprunts deviennent abusifs et, par conséquent, fâcheux. C'est ainsi que la mode des italianismes à la cour royale au XVIe siècle a susci­té une réaction légitime de la part des gardiens de la pureté de la langue. L'activité de H. Estienne à cet égard est connue.

L'influence excessive de l'anglais sur le français au XIXe siècle a provoqué pour autant la protestation des hommes de lettres. Dans quel­ques poèmes A. de Musset a parodié l'anglomanie des dandys de son temps. On lit dans Mardoche :

...son compagnon, compère et confident.

Était un chien anglais, bon pour l'œil et la dent.

Cet homme, ainsi reclus, vivait en joie. - A peine



Le spleen le prenait-il quatre fois par semaine.

puis :

And how doyou do, mon bon père, aujourd'hui ?

et dans Les secrètes pensées de Rafaël :

Dans le bol où le punch rit sur son trépied d'or.

Le grog est fashionable ..

Vers la même époque Viennet, un des derniers représentants du clas­sicisme, s'attaque, en qualité de puriste fervent et non sans parti pris, à toute sorte d'emprunts et, notamment, aux anglicismes. Dans son Epître à Boileau, déclamée en 1865 à la séance solennelle de l'Institut de Fran­ce, il écrivait :

On n 'entend que des mots à déchirer le fer.

Le raihvay, le tunnel, le ballast, le tender,

Express, trucks et wagons ; une bouche française

Semble broyer du verre ou mâcher de la braise...

Plus récemment les défenseurs de la pureté et de l'homogénéité rela­tive de la langue française ont aussi réagi vigoureusement contre la péné­tration massive des anglicismes et des américanismes. Déjà dans les années 50 du dernier siècle dans son ouvrage précité sur l'emprunt L. Deroy écrivait : « ...en France, on emploie le plus souvent des ternies anglais par snobisme, par engouement ou par caprice de l'heure... » [36. p. 169].

Dans les mêmes années Félix de Grand'Combe dresse une liste de termes superflus en français en les faisant accompagner de ses remar­ques. Signalons entre autres : « businessman : en quoi ce mot est-il préfé­rable à « homme d'affaires ? » : label : ne veut rien dire de plus en anglais qu'« étiquette » : shopping : pas la moindre excuse pour cet anglicisme puisque le français dispose de deux mots excellents, « achats » et « em­plettes ». pour ne rien dire d'« acquisitions ».

De nos jours les linguistes continuent à suggérer leurs variantes fran­çaises pour les xénismes anglais. Ainsi on propose parleuse ou diseuse pour speakerine,parc, parcage ou stationnement pour parking, spectacle pour show.

Des recommandations officielles sont données dans le « Dictionnai­re des mots contemporains » de Gilbert P. (P.. 1991) dont entre autres. conteneur pour container, palmarès pour hit-parade, matériel pour hard­ware, texte pour script.

Dans son virulent programme pour la pureté de la langue française d'aujourd'hui « Parlez-vous franglais ? » R. Etiemble écrit : « Observez que ce sont toujours les mêmes qui sabirent atlantique et qui, lorsqu'ils ont recours au français, le massacrent : tantôt à renfort de mots grandilo-! quents et de tours prétentieux (politiciens, administrations publiques et privées), tantôt à irruption massive d'impropriétés, de solécismes et de barbarismes » [40, p. 303].

En dépit de ces protestations virulentes la propagation des anglicis­mes (britanniques ou américains) ne saurait être stoppée arbitrairement compte tenu de la suprématie technique et scientifique des pays tradition­nellement anglophones. En plus, d'autres facteurs ont contribué à ce mou­vement : l'anglais, tout comme le français, a subi une forte influence du latin, le français lui-même a marqué de son empreinte l'anglais au cours , des siècles. Il en est résulté que la structure des vocables des deux langues est à un haut degré homogène (exception faite à la prononciation).

Non seulement l'abondance des xénismes baroques d'origine anglo-américaine mais aussi le recours abusif aux mots et éléments formateurs latins et grecs devient pour les linguistes un sujet d'inquiétude. Selon A. Sauvageot « La latinisation à outrance, combinée à une hellénisation de plus en plus active, finirait par changer complètement l'aspect et la consistance de notre vocabulaire » [39. p. 134]. Ainsi, remarque-t-il. crédible n'est que le doublon de croyable et éradiquer menace déraci­ner qui marque une tendance à restreindre son emploi : traumatisé évin-t ce choqué et le tour élégant averses éparses est remplacé par averses sporadiques.

Un principe fondamental s'impose : quand les emprunts étrangers n'enrichissent guère la langue, quand leur emploi est dicté par la mode ou -, s'ils sont propagés de force, la lutte pour l'indépendance et la pureté de la langue devient indispensable. Seuls, ceux des emprunts sont légitimes qui comblent une véritable lacune en tenant lieu d'une périphrase gauche et lourde et dont l'aspect n'est pas choquant dans la langue emprunteuse. Telle est la création poster une lettre, surgie sous l'influence du verbe anglais to post. et qui est préférable à jeter une lettre à la boîte ; tel a été aussi le cas pour analphabétisme, emprunt italien, qui n'avait point son équivalent lexical en français. L'emprunt est nécessaire lorsqu'il s'agit de désigner une chose proprement étrangère (cf. : pudding, samovar, taïga, yatagan).

Afin de subvenir au manque d'un vocable allogène utile il est préfé­rable de faire appel à un emprunt sémantique ou à un décalque que de laisser s'infiltrer un xénisme à allure rébarbative. Ainsi l'acception an­glaise de approach est parfaitement reproduite par approche dans appro­che d'un problème et celle de dispatcher par répartiteur.

En conclusion on peut affirmer que l'utilisation dans une mesure raisonnable des mots d'emprunt, sans encombrer et affaiblir la langue, contribue à son enrichissement et sa consolidation.

L'expérience historique démontre qu'à quelques exceptions près la langue conserve en fin de compte ceux des mots d'emprunt qui lui sont utiles, qui n'ont pas d'équivalents autochtones suffisamment précis et expressifs.

Les ouvrages lexicographiques proposent des formes françaises ou francisées pour un nombre considérable d'emprunts baroques ; citons les équivalents recommandés pour quelques anglicismes néologiques : ca­dreur pour cameraman, régulateur pour dispatcher, prêt-a-manger pour fast-food, palmarès pour hit-parade, logiciel et matériel pour software et hardware, baladeur pour walkman. C'est l'usage qui, en définitive, déci­dera du sort de ces emprunts.

 

DEUXIEME PARTIE

STRATIFICATION FONCTIONNELLE DU VOCABULAIRE EN FRANÇAIS MODERNE

LES GROUPEMENTS LEXICAUX

§ 69. Remarques préliminaires. Les vocables d'une langue jouent un rôle différent pour la société. Les uns, qui constituent le fonds usuel, utiles à la vie de tous les jours, sont d'un usage courant parmi tous les membres du collectif parlant cette langue, d'autres ont une extension plus restreinte ne servant principalement que quelque groupe particulier de gens : la population d'une région déterminée, une couche sociale quel­conque. Certains mots, tels les mots internationaux, ont cours parmi les représentants de collectifs linguistiques différents.

En outre, les vocables se distinguent quant à la durée de leur existen­ce dans la langue : les uns conservent leur vitalité au cours de longs siè­cles sans rien perdre de leur valeur jusqu'à nos jours, quelques-uns tombent dans l'oubli, d'autres représentent des créations nouvelles.' Ainsi le fran­çais a subi au cours du temps des perturbations plus ou moins importantes qui ont laissé des traces dans son état présent. Les variations sociales et territoriales dont il sera question dans la présente partie en sont un témoi­gnage manifeste.

Il est à signaler qu'à l'heure actuelle l'accélération des changements d'ordre social a pour conséquence des modification autrement rapides. Il arrive même que ces modifications aboutissent à un décalage entre le langage des parents et des enfants.

En procédant à l'étude du vocabulaire d'une langue il est donc néces­saire de tenir compte du fait qu'il renferme des groupements d'unités lexicales de valeur sociale inégale et de fonctionnement divers.

 

CHAPITRE I

CARACTÉRISTIQUE DU FONDS USUEL DU VOCABULAIRE DU FRANÇAIS MODERNE

§ 70. Les caractères du fonds lexical usuel. Le fonds usuel com­prend des vocables d'un emploi commun pour toute la société. Tels sont les mots et les expressions terre, soleil, homme, grand, beau, travailleur, avoir faim et une quantité d'autres qui sont parmi les plus usités dans la langue. À côté des mots autonomes le fonds usuel comprend les mots-outils ou non-autonomes qui ont reçu un emploi commun et durable. Ce sont les articles, les pronoms, les verbes auxiliaires, les prépositions, etc. Les mots et locutions du fonds usuel qui constituent la base lexicale du français standard1, sont nécessairement employés par les représentants de couches sociales différentes dans la plupart des régions où le français sert de moyen de communication2.

En dehors du fonds usuel du vocabulaire demeurent les mots dialec­taux d'une extension restreinte, employés de préférence dans une région déterminée. Ainsi mouche à miel répandu au Nord de la France n'entre pas dans le fonds usuel, tandis que abeille exprimant la même notion et employé sur presque tout le territoire du pays en fait sans conteste partie.

Les mots d'argot et de jargon, les termes spéciaux et professionnels, etc., doivent être aussi exclus du fonds usuel ; tels sont, par exemple, les cas de bûcher, potasser, piocher, chiader tenant lieu de « travailler fer­me » dans l'argot scolaire.

Le vocabulaire est la partie la plus fluide de la langue, la partie la plus sensible aux changements survenus dans la société humaine, dans son régime social, dans les domaines scientifiques et techniques, dans les mœurs, etc.

Toutefois les mots du fonds usuel subsistent dans la langue pendant une longue durée. Le fonds usuel est de beaucoup plus vital que l'ensem­ble du vocabulaire. En effet, un grand nombre de mots du fonds usuel lexical du français moderne remonte à une période historique éloignée, à l'époque de la domination romaine en Gaule et de son envahissement ultérieur par les tribus germaines, durant la période de formation de la langue française à base du latin populaire (ou « vulgaire »).

Le fonds usuel du français moderne a conservé un grand nombre de mots ayant appartenu autrefois au latin populaire et qui ont été répandus sur le territoire de la Gaule par les soldats romains. Citons quelques-uns de ces mots qui sont jusqu'à présent d'un emploi commun : oie < auca, parent < parentis, tête < testa, jambe < gamba, cité < civitas, bouche < bucca, manger < manducare, trouver < tropare, passer < passare, poi­trine < pectorina.

Le latin populaire possédait un certain nombre de mots d'origine étrangère, ce qui s'explique par les relations économiques, culturelles et autres que Rome avait établies avec les autres peuples.

Les relations étroites entre Rome et la Grèce ont contribué à la péné­tration de certains mots grecs dans le fonds usuel du français par l'entre­mise du latin populaire ; tels sont : corde < corda < chorda ; carte < carta < charta ; lampe < lampas - «факел, свеча» ; épée < spata < spatha, école < schola ; cathédrale < cathedra.

Le latin populaire possédait un certain nombre de mots de provenance germanique. C'étaient pour la plupart des termes militaires qui avaient pé­nétré en latin à la suite des conflits militaires entre les Romains et les tribus germaines. Ainsi les mots guerre, éperon, trêve, qui font jusqu'à présent partie du français remontent à cette période lointaine. On peut encore ajou­ter quelques mots qui signifiaient autrefois la robe d'un cheval et qui, aujourd'hui, désignent des couleurs en général : blanc, brun, fauve, gris.

À l'époque de la domination romaine en Gaule (I-er siècle avant notre ère-Ve siècle de notre ère) le latin populaire qui élimina la langue indigè­ne a pourtant assimilé quelques dizaines de mots d'origine celtique (si­gnalons que leur nombre varie d'un ouvrage à l'autre'. Ces mots exprimaient surtout des notions touchant aux mœurs villageoises ; tels sont alouette, charrue, sillon, ruche, tonneau, charpente, bouleau, chê­ne, alouette, bec, lieue.

Ce caractère rustique des mots d'origine celtique est dû à la diffusion extrêmement -lente du latin à la campagne.

« Le paysan gallo-romain, écrit W. von Wartburg, s'accoutumait à se servir des termes latins pour désigner les produits qu'il vendait à la ville... Mais pour les choses... qui ne sont familières qu'au paysan... il ne s'est pas laissé imposer le terme latin... Ce sont les habitants des villes qui ont les premiers abandonné la langue maternelle » [41, p. 29].

L'envahissement du nord de la Gaule par les Francs (une des tribus germaines) vers la fin du Ve siècle et l'occupation ultérieure de toute la Gaule sont les causeshistoriques de la pénétration dans le vocabulaire et son fonds usuel de toute une série de mots d'origine germanique (plus de 500 mots germaniques ont pris pied dans le vocabulaire du gallo-roman ; environ 200 d'entre eux sont restés dans le français contempo­rain'.

Les Francs ont apporté avec eux des éléments d'un régime social nouveau, du régime féodal qui était plus progressif que le régime esclava­giste légué par les envahisseurs romains. Après l'invasion des Francs les germes du féodalisme ont pris racine et ont commencé à croître sur le territoire de la Gaule. Ce fait d'une importance exceptionnelle pour l'his­toire de la France a laissé quelques traces dans la langue et, en particulier, dans le fonds usuel du français moderne. On peut nommer maréchal, riche qui signifiaient respectivement « domestique chargé de soigner les chevaux » et « puissant », qui entrent dans le fonds usuel et qui étaient autrefois des termes de féodalité.

Les Francs qui menaient presque exclusivement une vie champêtre ont introduit dans le français des mots qui ont rapport à la campagne ; parmi eux hêtre, haie, jardin, gerbe, frais sont d'un usage courant dans le français d'aujourd'hui. Ils ont aussi introduit un certain nombre de mots désignant des objets ou phénomènes se rapportant à la vie sociale et do­mestique ; entre autres, les mots fauteuil, gant, hareng, orgueil, gage, guérir appartiennent au fonds usuel du français actuel.

Vers le VIIIe siècle la langue parlée par les habitants de la Gaule s'était tellement éloignée au cours de son développement de la langue écrite, précisément du latin classique, que ce dernier était devenu complè­tement inaccessible aux masses populaires1.

Ainsi qu'on le voit d'après les exemples signalés beaucoup de mots sont entrés dans le fonds usuel du français depuis des siècles, à l'époque de la formation de la langue française.

Ces mots ont pénétré si profondément dans la langue, ils y ont reçu un emploi si vaste qu'ils sont parvenus jusqu'à nos jours et font toujours partie du fonds usuel.

Pourtant le fonds usuel du français de nos jours n'est guère le fonds primitif du vocabulaire de l'époque de la formation de la langue françai­se ; il est beaucoup plus riche que, par exemple, au IXe siècle. À plus forte raison le fonds usuel du français moderne ne doit être confondu avec le fonds héréditaire (terme répandu dans la littérature linguistique française) qui comprend les mots du latin populaire de l'époque de la formation du français.

§ 71. L'enrichissement graduel du fonds usuel. Le fonds usuel de la langue française n'est pas resté immuable. II s'est enrichi graduelle­ment au cours des siècles quoiqu'il ait perdu une certaine quantité de vocables qui, par la suite, ont disparu ou se sont cantonnés dans une sphère restreinte. Les créations ultérieures qui ont acquis un emploi com­mun et en faisant preuve de vitalité font partie intégrante du fonds usuel. Ce sont des mots ou des locutions formés par des moyens propres à la langue -.patriote <patrie, feuillage < feuille, souper (m) <souper, dîner (m) < dîner, marche < marcher, vinaigre < vin aigre, cache-nez, porte-monnaie, bête à bon dieu, battre en brèche, de bon/de mauvais aloi.

Ce peuvent être des homonymes sémantiques. Comme par exem­ple -.feuille (d'arbre) -feuille (de papier),plume (d'oiseau) -plume ausens de « plaque métallique » pour écrire, grève - « plage sablonneuse ou caillouteuse » - grève, « cessation du travail par les ouvriers coali­sés ».

Le fonds usuel s'est enrichi d'un certain nombre de dialectismes dont le halo local s'est effacé : crevette, galet (de provenance normanno-picar-de), ballade, cigale, exargot (du provençal).

Il s'est enrichi d'emprunts aux langues étrangères ; mentionnons en guise d'exemple :

lat. : éducation, énumération, explication, exister, hésiter, automo­bile ;

gr. : sympathie, hypothèse, chronologie, phonétique, métaphore ;

ital. : attaquer, canon, soldat, balcon, costume, corridor, poltron, pantalon ;

esp. : chocolat, tomate, camarade, bizarre ;

angl. : parlement, wagon, tramway, club, sport.

Ainsi le fonds usuel du vocabulaire n'est que relativement stable ; il s'est sensiblement enrichi au cours des siècles.

§ 72. Les conditions principales contribuant à l'élargissement du fonds usuel du vocabulaire. Ceux des mots et de leurs équivalents acquièrent aisément un usage courant qui désignent des objets ou des phénomènes dont le rôle dans la pratique quotidienne est capital.

Telles sont, par exemple, parmi les dénominations des parties du corps humain. : main, tête, bras, doigt, jambe, pied, cou, épaule, dos, etc. Au contraire, les mots tels que occiput - «затылок», épigastre -«место, называемое под ложечкой», lombes - «поясница», médius -«средний палец руки», annulaire - «безымянный палец руки», auri­culaire - «мизинец», hypocondre - «подреберная область живота» demeurent en dehors du fonds usuel car les parties du corps qu'ils dési­gnent sont d'une importance secondaire dans l'activité journalière de l'homme.

La pénétration des mots dans le fonds usuel du français est favori­sée par leur large emploi dans la littérature et la presse. On connaît le rôle immense qu'a joué l'activité de la Pléiade dans l'enrichissement de la langue française, du vocabulaire et en particulier, de son fonds usuel.

Dans son célèbre livre-manifeste « Défense et Illustration de la lan­gue française » (1549) le poète Du Bellay a proclamé la langue française digne de remplacer le latin et de devenir la langue de la littérature natio­nale. Du Bellay a invité à enrichir par tous les moyens possibles le voca­bulaire existant ; il a proposé de créer des mots nouveaux en utilisant toutes les ressources de la langue française. L'appel de Du Bellay était opportun et répondait aux exigences du pays, qui s'était engagé dans la voie du développement capitaliste : le français créé sur la base du dialec­te de 1"Ile-de-France faisait largement tache d'huile, il se répandait de plus en plus dans le pays en vertu du développement historique de la France ; le français allait infailliblement devenir la langue nationale de l'État.

À cette époque importante de l'histoire de la langue française on a créé un grand nombre de néologismes ; on a emprunté des mots aux autres langues (en premier lieu au latin et aussi aux langues vivantes) ; on a même insufflé une vie nouvelle à certains mots vieillis qui étaient jusqu'alors relégués dans l'oubli. Beaucoup de ces mots ont été intro­duits dans la langue française littéraire ; ils figuraient en grand nombre dans les œuvres de Rabelais, de Montaigne, de Ronsard et d'autres écrivains. Le linguiste L. Sainéan dans son examen de l'œuvre de Ra­belais caractérise de façon suivante la langue de cet écrivain éminent : « On compte par centaines les mots dont il a enrichi la langue et ces termes touchent à toutes les branches des connaissances humaines, sciences, arts et métiers, vie sociale, faits traditionnels. » [42. p. 493]. Certains de ces mots créés et ravivés sont devenus le patrimoine de tout le peuple et font jusqu'à nos jours partie du fonds usuel du voca­bulaire .

Parmi les mots introduits par les écrivains de cette époque (XVIe siècle) on peut en signaler plusieurs qui sont devenus d'un usage courant : bavard, causeur, désordre, parfum, parfumer, représentant, fidèle, ins­tant, célèbre, rare, avare, fréquent, succès, etc.

Vers la même période on commence à utiliser comme moyen de dérivation un grand nombre d'éléments empruntés, surtout des suffixes ; on peut signaler les suffixes empruntés alors au latin et au grec dont la productivité ne décroît pas. tels sont : -ation, -ateur, -ité, -itude, -iste, -isme, -ique, -is(er), et d'autres. Un grand nombre de mots créés avec ces surfixes appartiennent au fonds usuel.

Les écrivains de l'école romantique et en premier lieu Victor Hugo qui était le porte-parole du mouvement ont joué un rôle éminent dans le renouvellement du vocabulaire et. en particulier, dans l'enrichissement du fonds usuel.

Par toute son activité créatrice V. Hugo a concouru à la destruction de la barrière infranchissable qui séparait la langue littéraire du langage populaire. Il luttait contre le principe même de la répartition des mots en « nobles » et « roturiers ». Selon le témoignage de F. Brunot, V. Hugo a largement utilisé dans ses écrits des mots autrefois inadmissibles dans les œuvres littéraires, parmi lesquels : laver, vieillard, chien, cheval, bâton, ménage, etc.1

Il n'y a pas eu à cette époque d'introduction massive de mots nou­veaux, mais le lexique existant a subi un remaniement intérieur.

Les écrivains réalistes des XIXe et XXe siècles ont aussi largement contribué par leur art au rapprochement de la langue littéraire et du langa­ge populaire ce qui a conduit à la démocratisation du français actuel. Ils ont continué l'œuvre de leurs prédécesseurs qui avaient favorisé l'enri­chissement du vocabulaire et de son fonds usuel.

 

CHAPITRE II

DIFFÉRENCIATION TERRITORIALE ET SOCIALE DU LEXIQUE DU FRANÇAIS MODERNE

 

§ 73. La langue nationale et les dialectes locaux. Généralités.

La communauté de la langue est un trait inhérent à la nation. La langue n'est guère la création de quelque groupe social, mais le résultat des ef­forts de toute la société en entier. Même une société divisée en classes ou groupes antagonistes ne peut exister sans la communauté de la langue. Afin de communiquer entre eux, les membres d'une société formant na­tion doivent nécessairement avoir à leur disposition une langue générale. Donc, la communauté de la langue est un des indices essentiels de la nation.

La nation est une catégorie historique. Le processus de la liquidation du féodalisme au cours du développement du capitalisme est en même temps le processus de l'organisation des hommes en nations. La formation des langues nationales, qui accompagne la constitution des nations, s'ef­fectue à l'époque de l'apparition et de la consolidation du capitalisme.




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