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LES DICTIONNAIRES UNILINGUES




§ 106. Les dictionnaires de langue. Les dictionnaires de langue sont destinés à donner l'explication des mots qui en composent le vocabulaire. On interprète dans ce type de dictionnaires les significations des mots ; le dictionnaire de langue donne des indications sur leurs formes et leur emploi, il comporte les principales locutions stables dans lesquelles entrent les mots en question ; le tout est confirmé par des citations tirées des auteurs. Les dictionnaires de langue prennent également à tâche de fournir au lec­teur des informations phonétiques étymologiques, analogiques (indiquant les synonymes, les antonymes et les homonymes du mot interprété).

Un des principaux types de dictionnaires de langue est le dictionnaire normatif. Son but est de fixer le lexique de la langue à une époque donnée, de le représenter en tant que système accompli, de limiter l'accès des vocables obsolètes, argotiques, des ternies spéciaux d'un emploi restreint, de rejeter ce qui est inconnu à la majorité des sujets parlant la langue en question.

Un dictionnaire normatif doit se baser avant tout sur le vocabulaire de la langue parlée de l'époque ; il doit aussi inclure le lexique des œuvres littéraires. Il est évident que des vocables vieillis, des termes techniques, des dialectismes, des argotismes et des emprunts doivent toutefois figurer dans un dictionnaire normatif, quoiqu' ils se situent souvent en dehors de la norme usuelle : en les écartant du dictionnaire on risque de rendre ce dernier insuffisant pour la compréhension des ouvrages scientifiques et même du français courant. Il s'ensuit que la tâche des auteurs d'un dic­tionnaire normatif ne consiste pas tant à expulser du dictionnaire les mots qui se trouvent en dehors de la norme générale, qu'à en fixer soigneuse­ment la sphère d'emploi, la valeur stylistique, et à établir un système satis­faisant de notes lexicographiques, ce qui doit aider le lecteur à se former une idée nette de l'état du vocabulaire à une époque donnée.



Le « Dictionnaire de l'Académie Française » est celui qui se rappro­che le plus de l'idée du dictionnaire normatif; cependant beaucoup de mots dont se servait la plupart des Français en furent bannis, ce qui lui valut de justes reproches.

Depuis sa création en 1694, le « Dictionnaire de l'Académie » a subi huit éditions qui en ont élargi le vocabulaire. La 9e édition qui est en voie de préparation a été prévue pour le tout début du 3e millénaire (avant l'année 2001). Elle enregistrera environ 50 000 mots. Par rapporta la 8e édition elle tiendra compte des modifications orthographiques (comme, par exemple, cèleri ou céleri, événement ou évènement). Des remarques normatives y sont intégrées. Toutefois le dictionnaire continue à suivre les tendances pu­ristes et ce n'est qu'avec beaucoup de réserve qu'il admet les innovations.

Le principe suivant selon lequel on n'enregistre pas dans un diction­naire normatif l'argot, les mots érangers, les patois, etc., n'est pas tout à fait vain, tant qu'il s'agit d'une langue nationale, de ses normes usuelles ; pourtant, si les vocables en question se sont déjà répandus dans la langue courante et ont même pénétré dans la littérature, il est juste qu'ils soient admis dans le dictionnaire, mais accompagnés de notes indispensables

La plupart des dictionnaires de langue ne prétendent pas être des dictionnaires normatifs ; ils se distinguent par la richesse de leur vocabu­laire et jouissent d'une grande popularité tant en France qu'à l'étranger.

Les principaux dictionnaires de la langue française du XIXe siècle sont le « Dictionnaire de la langue française » de M. Littré, en quatre volumes (1846-1872), et le « Dictionnaire général de la langue fran­çaise du commencement du XVIIe siècle jusqu 'à nous jours » de A. Hatzfeldt, A. Darmesteter et A. Thomas, en deux volumes, dont la première édition a paru en 1889.

Le dictionnaire Littré inclut un vocabulaire très riche. L'auteur se proposait de faire entrer dans son dictionnaire les mots qui se rencontrent aussi bien dans les œuvres littéraires que dans les ouvrages spéciaux et de fournir toutes sortes de renseignefnents à leur égard. « L'usage contem­porain, - est dit dans la préface, - est le premier et principal objet d'un dictionnaire. C'est en effet pour apprendre comment aujourd'hui l'on par­le et l'on écrit qu'un dictionnaire est consulté par chacun ». En même temps l'auteur avertit qu'il ne néglige pas l'histoire de chaque vocable, son étymologie, ses diverses acceptions au cours des siècles.

Notons que le dictionnaire Littré ne satisfait plus les exigences de notre époque. La prononciation qu'il indique est souvent vieillie ; l'étymologie parfois erronée ou incomplète : la classification des valeurs sémanti­ques souvent arbitraire, les explications pas toujours exactes ; les références aux grands écrivains du XIXe siècle sont absentes. Si, d'une part, le Littré offre à l'usager une richesse étonnante de renseignements linguistiques sur les vocables retenus, d'autre part, il présente des lacunes regrettables, surtout en fait de néologismes, de termes de science, d'art et de métier. Ce défaut a été en partie corrigé par la publication en 1877 d'un Supplé­ment qui était plus ouvert aux néologismes de l'époque.

En appréciant le Littré sous l'optique de l'homme de notre temps G. Matoré le qualifie de chef-d'œuvre, mais appartenant à une époque révolue, [53, p. 124].

Ajoutons que la réédition intégrale du Littré en 1958, reproduisant les mêmes erreurs, n'a obtenu qu'un accueil réservé. Il en a été de même de l'abrégé du Littré paru en 1964 malgré les additions d'exemples puisés dans les œuvres d'écrivains contemporains.

Au cours du XIXe et du XXe siècles on a créé d'autres dictionnaires de langue qui ont évité en partie les défauts du Littré.

Il faut citer en premier lieuje dictionnaire de Hatzfeldt, Darmesteter et Thomas connu sous le nom de Dictionnaire général. Ce dictionnaire est du même type que celui de Littré, mais il contient moins de mots.

En effet, étant orienté vers le vocabulaire de. la langue commune, il s'est montré réticent vis-à-vis des termes, avant tout de ceux qui sont formés d'éléments latins et grecs. Quant aux néologismes il les a admis plus librement que le Littré en témoignant toutefois une nette préférence aux mots de formation populaire. « produits naturels de la langue vivante ».

Le but principal de ce dictionnaire a été de compléter et de préciser l'étymologie des mots et d'en mieux apprécier les différentes acceptions, d'entrevoir la logique des relations sémantiques au sein du même mot. Une réédition intégrale de ce dictionnaire a été faite en 1964.

Parmi les dictionnaires de langue du XXe siècle il faut citer le « Dic­tionnaire Quillet de la langue française » (dictionnaire méthodique et pratique, accompli sous la direction de R. Mortier (P., 1948) en trois volu­mes (réédité en 1975).

Le dictionnaire est conçu comme un instrument pratique d'études scolaires, dont le but n'est pas seulement de donner et d'expliquer un certain répertoire de mots, mais aussi de fournir au lecteur divers rensei-'gnements sur la grammaire, l'orthographe ainsi que d'autres connaissan­ces indispensables. Quant au vocabulaire, le Dictionnaire Quillet contient « tous les mots de la langue (les mots non admis par l'Académie française étant précédés d'un astérisque - [*]) y compris noms et adjectifs des habitants de villes et de pays, tenues scientifiques et technologiques cou­ramment usités ».

Evidemment, le répertoire du Dictionnaire Quillet est beaucoup plus vaste que celui des dictionnaires précédents : il y ajoute des mots tirés des sphères nouvelles. Le dictionnaire contient en outre des tableaux de dériva­tions et des tableaux analogiques (c'est-à-dire, des listes de mots réunis par les affiliations des notions qu'ils expriment) pour un certain nombre de mots, tels que : administration, agriculture, animaux, armée, aviation, etc.

Il propose également une grammaire et une lexicologie placées en tête, avec des notices pratiques sur l'utilisation de divers moyens stylisti­ques. Le dictionnaire a un intérêt lexicographique et pratique incontestable.

Parmi les meilleurs ouvrages Icxicographiques il faut ranger celui de P. Robert en plusieurs volumes — « Dictionnaire alphabétique et ana­logique de la langue française (Les mots et les associations d'idées) ». appelé aussi le Grand Robert. La parution de sa lre édition s'étend sur les années 1951 -1966. C'est un dictionnaire de langue du type normatif: il est consacré uniquement au système lexical du français moderne : on n'y trouve que ce qui est propre à la langue de nos jours ; les archaïsmes, les argotismes, les emprunts ne sont admis qu'à condition d'être couramment employés dans la langue parlée ou les œuvres littéraires et ils sont munis de notes indispensables. La nomenclature du Grand Robert est de beau­coup plus copieuse que celle de la dernière édition du dictionnaire de l'Aca­démie, sans parler des dictionnaires du XIXe siècle. Au lexique des dictionnaires du siècle précédent est ajouté un grand nombre de mots ap­parus dans la langue à la fin des XIXe et XXe siècles de nouveaux termes scientifiques et industriels, les symboles des éléments chimiques, de nom­breux mots empruntés aux langues étrangères et à l'argot. On v trouve, en particulier, des ternies argotiques d'origine étrangère : baroud (m) (arabe du Maroc) - arg. milit. « combat », barbaque (f) (Dauzat suggère le roumain berbec, « mouton ») - pop. « viande » ; barda (m) (empr de l'arabe) - arg. milit. « équipement de soldat ». Le Robert recueille égale­ment les nouvelles dérivations dont un grand nombre du style familier : bécane (f) (d'origine incertaine ; d'abord « vieille machine ») - fam. « bicyclette » ; bagnole (f) (de banne (f) - « tombereau ») - pop. « mau­vaise voiture, vieille automobile » et par extension : « toute automobile », (une belle bagnole), banaliser (de banal) — « rendre banal ». L'auteur continue l'œuvre de dépouillement commencé par Littré. en ajoutant des exemples tirés des écrivains du XIXe et du XXe siècles.

Si le Grand Robert représente en quelque sorte le type du dictionnaire normatif, il a. d'autre part, un caractère tout nouveau, étant à la fois alpha­bétique et analogique. Les mots d'une langue, n'étant pas isolés le,* uns des autres, forment un système. La définition du sens d'un mot n'est pas complète tant qu'on ne prend pas en considération les autres mots évo­quant des idées associées, puisque ces associations existent réellement dans l'esprit de tous les individus grâce à la communauté de leur expérien­ce historique en tant que représentants d'un seul peuple. Or. l'ordre alpha­bétique désunit ces groupements de mots, et partant, empêche de préciser leur signification exacte en les confrontant avec des mots exprimant des idées associées. Par exemple, on n'arrive pas à saisir, la valeur sémanti­que exacte du mot babil si l'on se contente de l'explication « la facilité de la parole » (Littré) ou de sa « traduction » par le mot bavardage. Ce mot a quelques nuances plus fines qu'on ne découvre qu'en le faisant entrer dans une série de mots à sens voisin : d'une part sa valeur est proche de celle du mot bavardage, jaserie : mais, d'autre part, il peut indiquer une nuance favorable : un charmant babil ; un babil enfantin - dans ce cas il s'écarte sémantiquement de bavardage et jaserie Ainsi on arrive a se faire une idée plus exacte de la valeur spécifique du mot babil. L est ce que fait le dictionnaire de Robert qui. en expliquant le sens d un mot renvoie le lecteur aux mots associés. Le dictionnaire indique aussi les combinaisons usuelles des mots avec d'autres mots : s'il s'agit d un substantif, il indique les adjectifs dont il est le plus souvent accompagné, les verbes dont il est le sujet ou le complément, etc. Dans l'article colère, par exem­ple, non seulement on renvoie aux mots associés tels que courroux, em­portement, exaspération, fureur, etc.. mais aussi à ceux qui indiquent des idées voisines, comme la propension à la colère : brutalité, bile, vio­lence, hargne, etc. ; pour « être prompt à se mettre en colère » on nous renvoie aux adjectifs coléreux, colérique, querelleur, vif et aux expres­sions qui expriment la même idée : avoir la (été chaude, avoir la tête près du bonnet, etc. : pour les manifestations de la colère on a : accès, crise, mouvement, transport de colère ; bouffée, éclat, explosion de colère. Le dictionnaire offre ensuite toute une série de mots et d'expres­sions signifiant : « se mettre en colère ». « parler avec colère », etc.

Notons encore que les significations sont groupées en fonction des constructions syntaxiques dans lesquelles elles apparaissent.

Malgré les qualités supérieures de ce dictionnaire les critiques ne lui ont pas été épargnées. G. Matoré lui a reproché d'avoir été conçu comme « un nouveau Littré ». comme une sorte de « trésor » de la langue françai­se, alors qu'il fallait viser un objectif plus limité et. rompant avec une tra­dition périmée, fournir du vocabulaire moderne et contemporain une image précise [53, p. 155].

L'abondance des citations destinées à illustrer les significations et les emplois des vocables était méritoire, mais le « dosage » des écrivains qui les avaient fournies ont soulevé des objections : « au lieu de citer, comme Littré et le Dictionnaire général, de très nombreux textes d'auteurs classi­ques. Robert aurait dû accorder plus d'importance aux auteurs des XIXe et XXe siècles », écrit G. Matoré |53, p. 154].

Ces quelques lacunes du Robert ont été comblées dans un Supplé­ment paru en 1973 lors de sa réédition. La 2me édition en 9 volumes, parue en 1985, reflète les tendances nouvelles au sein du vocabulaire. Elle offre une nomenclature qui s'est sensiblement enrichie (environ 75 000 entrées) « en fonction des besoins nouveaux du public » (A. Rey). En particulier sont enregistrés des anglicismes et d'autres emprunts qui s'implantent dans la langue. La nomenclature ne se limite guère aux néologismes, y figurent aussi des mots anciens « devenus plus importants par leur diffu­sion, par l'intérêt du concept auquel ils renvoient, par un usage littéraire avéré ». Quant aux citations, elles sont essentiellement puisées dans les écrits du XXe siècle.

On y trouve en plus les datations des mots, celles de beaucoup de sens et de locutions. Pour la transcription de la prononciation des mots l'alphabet international est adopté.

À côté du Grand Robert il importe de signaler le Petit Robert. Sa l’édition datant de 1967 a été suivie de plusieurs autres constamment remises à point. Selon la juste appréciation d'A. Rey le Petit Robert « est moins l'abrégé d'un grand dictionnaire que le prolongement de l'œuvre d'un grand lexicographe ». Il ne perd rien des principes qui ont présidé à l'élaboration du Grand Robert. L'application de la même méthode a per­mis de fournir aux lecteurs « un inventaire aussi complet que possible des rapports analogiques de toute sorte ». ce qui avait déjà fait le succès de son « frère aîné ». Si les dimensions de ce nouveau dictionnaire ont con­traint l'auteur à la réduction d'une partie du vocabulaire (mots nettement vulgaires, créations de fantaisie dues à une mode passagère, noms com­merciaux et marques déposées), des mots nouveaux devenus courants ont, par contre, bénéfié du droit d'entrée. Il s'ensuit que le Petit Robert, qui est censé refléter l'évolution de la langue, comprend un certain nom­bres de mots qui ne figurent pas dans le grand.

Le Petit Robert s'adresse au grand public, mais en priorité aux maî­tres et aux élèves de tous les degrés d'enseignement.

Le Petit Robert qui a connu un grand succès tant en France qu'à l'étranger a bénéficié de plusieurs rééditions dont celle de l'an 2000 clôt le XXe siècle. Les auteurs de la nouvelle variante du Petit Robert ont tenu compte des changements profonds qui se sont produits dans le français depuis les années 60 du XXe siècle. Tout en restant fidèles aux principes fondamentaux des anciennes éditions ils ont non seulement élargi la no­menclature en s'appuyant sur un corpus renouvelé de citations et d'em­plois, mais se sont inspirés des tentatives réformatrices quant à l'orthographe et dirigistes quant à l'emprunt. Le recours aux techniques de l'informatique a contribué à la modernisation qui est un des atouts majeurs du dictionnaire.

Un an avant le Petit Robert, en 1966, paraît un des dictionnaires les plus originaux de ce temps plusieurs fois réédité. C'est le « Dictionnaire du français contemporain » (dont l'abréviation est DFC), fruit de la collaboration de J. Dubois, R. Lagane. G. Niobcy. D. et J. Casalis et H. Meschonnic. Rompant de façon décisive avec les traditions lexicographi-ques en partie périmées il repose sur une conception moderne de la langue qui tient compte des meilleures acquisitions de la linguistique structurale. Les intentions des auteurs étaient de créer un dictionnaire visant à présen­ter un état actuel du lexique usuel. « En ce sens, disent-ils, il contient tous les mots qui entrent dans l'usage écrit ou parlé du français le plus habi­tuel » qui sont au nombre de 25 000 à 30 000. Reproduisant le vocabulaire commun du français contemporain le dictionnaire retient « les formes et les emplois récents, familiers ou populaires ». de même que les mots tech­niques vulgarisés, et rejette « les termes qui sont restreints a des milieux professionnels étroitement spécialisés ou qui appartiennent a une termino­logie proprement scientifique ».

L'esprit novateur du dictionnaire se traduit par la présentation du matériel lexical. Les mots sont donnés dans l'ordre alphabétique, mais l'arbitraire de ce classement est corrigé par l'exploitation du principe struc­tural qui a permis de mettre en évidence les rapports systémiques existant au sein du vocabulaire.

Les mots y sont groupés par séries dérivationnelles ou « regroupe­ments » dégagées non pas au point de vue étymologique, mais dans une optique synchronique. Ces séries réunissent autour d'un mot de base les dérivés et les composés qui s'y rattachent par un double lien de forme et de signification.

Le classement des significations des mots est fait compte tenu des constructions syntaxiques qui les caractérisent. Ainsi pour le verbe la na­ture du sujet ou du complément (être animé ou inanimé, personne ou cho­se) est indiquée si elle détermine la distinction des significations. Pour l'adjectif c'est sa place par rapport au substantif qui est précisée à la même condition. Quant aux définitions des significations elles témoignent du souci des auteurs de les présenter « comme une traduction explicite de tous les traits sémantiques distinctifs qui définissent le mot dans une staic-ture donnée ».

Les synonymes et les antonymes (appelés « contraires »). de même que les niveaux de langue (littér., fam., pop., arg.) sont indiqués non point pour le mot en entier, mais pour ses significations et même pour ses emplois particuliers. Pour le mot coffre, par exemple, on trouvera les sy­nonymes malle, caisse selon qu'il signifie « partie d'une carrosserie de voiture destinée au logement des bagages » ou « poitrine, poumon, voix » ; dans cette deuxième acception le mot coffre et son synonyme caisse reçoivent la marque fam. ; on lira aussi qu'une de ses acceptions coïncide exactement avec celle de coffre-fort. Le dictionnaire ne se borne pas à nommer les synonymes, mais il indique, en cas de besoin, leur degré d'in­tensité par les signes ì et ü.

Donc, tout comme Paul Robert, les auteurs du « Dictionnaire du français contemporain » ont réalisé le principe analogique.

La nouveauté du dictionnaire est aussi assurée par la distinction des homonymes sémantiques qui y figurent sous forme d'articles séparés et numérotés (« dégroupements »), alors que la tradition lexicographique imposait leur inclusion dans un même article. Ainsi, pour la même forme colle on trouve quatre articles qui mettent en valeur sa dislocation séman­tique (cf. au Petit Robert où colle est traité d'unité unique). Notons toute­fois qu'il y a exagération dans l'application de ce principe. Des unités qui se laissent difficilement interprétées comme des homonymes sémantiques sont présentées comme tels. Par exemple, cabine figure dans quatre articles alors que l'élément sémantique commun « petit local » autorise à réunir en une seule les unités séparées.

Une autre particularité du « Dictionnaire du français contempo­rain » est l'illustration des acceptions et des emplois des mots par des phrases prises « sur le vif » dans la langue courante ce qui permet aux usagers de se faire une idée juste du fonctionnement usuel du français d'aujourd'hui.

Ajoutons que chaque mot reçoit les indices grammaticaux nécessai­res ; la prononciation en transcription phonétique internationale est don­née pour le mot en tête d'article, quant aux mots dérivés et composés elle est indiquée lorsqu'elle s'écarte de celle du mot de base. Les locutions phraséologiques figurent généralement sous un numéro à part après les définitions des significations du mot.

Le dictionnaire est doté de nombreux tableaux de grammaire et de vocabulaire. À partir du principe d'opposition ils fournissent des rensei­gnements utiles siir le sens et les emplois des mots. Ces sens et ces em­plois sont précisés par des séries d'exemples. En annexe de l'ouvrage est donnée la liste des principaux proverbes.

Poursuivant des buts didactiques le dictionnaire offre une série de travaux pratiques sur le sens et les emplois des mots (lre partie), sur la formation des mots et la construction des phrases (2me partie), sur l'inter­prétation des textes (3me partie).

Selon le témoignage des auteurs le « Dictionnaire du français con­temporain » veut répondre aux nécessités nouvelles de l'enseignement moderne du français. Il est destiné à l'ensemble de ceux qui, ayant acquis les bases élémentaires de la langue, visent à affermir ou à perfectionner l'usage qu'ils ont du français… Aux élèves de l'enseignement secondaire et aux étudiants étrangers, pour qui cet ouvrage a été spécialement réali­sé, il donnera les moyens d'exprimer la pensée d'une manière correcte et précise, au niveau de la communication où ils désirent se situer ou du style dans lequel ils veulent s'exprimer».

Les principes qui ont présidé à l'élaboration du « Dictionnaire du français contemporain » ont été appliqués sur une plus grande échelle dans le « Lexis, Dictionnaire de la langue française », réalisé en 1975 sous la direction de J. Dubois et réédité en 1989. Destiné au large public de l'enseignement, de même qu'aux techniciens, ingénieurs, scientifiques, ce dictionnaire « s'attache à décrire le lexique du français dans sa plus grande extension ». Il est. en effet, le plus complet de tous les dictionnai­res de même envergure : le stock du vocabulaire recensé s'élève à plus de 70 000 mots (cf. : au dernier « Petit Robert » dont le nombre d'entrées est environ de 60 000 et au « Petit Larousse » de 1989 qui présente (83 500 articles y compris les noms propres).

En plus des mots du vocabulaire usuel retenus par le « Dictionnaire du français contemporain » y trouvent place les termes appartenant aux différents domaines techniques et scientifiques. La préférence y est toutefois donnée aux ternies techniques se rapportant à l'époque contem­poraine et aux ternies scientifiques permettant de décrire le fonctionne­ment de la science. En marge du dictionnaire sont restés les innombrables dénominations des animaux, des plantes, des minéraux, etc. d'un emploi trop spécial. Le français marginal y est reflété par la présence de dialec-tismes qui ont cours dans certaines régions de France et de mots familiers aux francophones du Canada, de la Belgique et de la Suisse. Le « Lexis » a introduit des vocables et des emplois sortis de l'usage courant, mais que l'on peut toujours rencontrer dans des écrits littéraires, de l'époque classi­que à nos jours.

Si la structure des articles reproduit dans l'ensemble la formule adop­tée par le « Dictionnaire dit français contemporain » l'information qu'il renferme est de beaucoup plus riche : on y trouve en supplément des ren­seignements sur l'histoire du mot (l'étymologie et la date de son apparition, en français), sur ses particularités orthographiques et grammaticales.

Les exemples illustrant les significations sont d'une provenance plus variée : aux phrases rédigées par les auteurs du « Dictionnaire du fran­çais contemporain » se sont ajoutées de nombreuses citations littéraires empruntées surtout aux auteurs du XXe siècle. On trouvera à la fin de l'ouvrage la liste des proverbes.

Le répertoire lexical est précédé d'un dictionnaire grammatical qui présente dans l'ordre alphabétique et à l'aide de tableaux les règles pho­nétiques, morphologiques et syntaxiques du français. Ce dictionnaire gram­matical est censé répondre à un double objectif « fournir une description scientifiquement fondée de la langue française et offrir un véritable instru­ment de travail ».

Parmi les dictionnaires de langue nommons encore le « Dictionnaire du français vivant » (le Bordas, d'après le nom de l'éditeur) réalisé par des enseignants (M. Davau. M. Cohen, M. Lallemand) et le « Logos, Grand dictionnaire de la langue française » réalisé par J. Girodet. édités, le premier en 1972 (et réédité en 1983), le second en 1976.

Le « Dictionnaire du français vivant » contient les vocables (plus de 45 000 mots et locutions) d'un usage courant parmi lesquels des mots récents d'un large emploi, tous suivis de leur transcription. Conçu à des fins principalement didactiques, grammaticales et stylistiques, il met en garde contre l'emploi de certaines tournures condamnées par les défen­seurs de la pureté de la langue. Ainsi ce dictionnaire veut être normatif.

L'ouvrage se termine par un complément qui sous forme de divers articles et tableaux contient des renseignements sur les homonymes, les paronymes, les belgicismes, les canadismes, les helvétismes, la dénomina­tion des habitants de telle ville ou tel endroit, les noms de nombres, etc.

Le Logos vise aussi des buts pratiques et, comme le dit l'auteur dans la préface, il « n'hésite pas à « prendre le lecteur par la main » pour le guider à travers les obscurités et les pièges du vocabulaire ». Les 60 000 mots répertoriés sont répartis dans trois volumes. Il contient tout le voca­bulaire du français général, « depuis la langue familière ou même populai­re jusqu'à la langue littéraire moderne ». Une large part est faite aux néologismes qui ont quelque chance de s'imposer.

L'ordre alphabétique dans lequel les mots se succèdent est parfois rompu par leur groupement en familles, ce qui, d'une part, nécessite des renvois assez fréquents, mais, d'autre part, donne une idée des relations dérivationnelles que les mots entretiennent entre eux.

À l'intérieur de l'article les sens sont présentés dans l'ordre chrono­logique, ainsi qu'ils sont apparus en français, règle qui n'est pas nécessai­rement suivie dans les dictionnaires de type général. Le dictionnaire fournit beaucoup d'autres détails pratiques. Il donne la prononciation en trans­cription internationale, signale les particularités grammaticales et ortho­graphiques, le niveau de langue, le domaine d'emploi, etc. Les emplois sémantiques des mots sont explicités grâce à de nombreux exemples. Le mot principal qui réunit la famille dérivationnelle reçoit une notice étymo­logique.

En 1989 apparaît le « Trésor de la langue française » (le TLF) -dictionnaire monumental de conception nouvelle vu l'éventail des possibi­lités qu'il offre au lecteur. Son répertoire (71 640 vocables) englobe le vocabulaire d'une tranche temporelle qui s'étend de 1789 à 1965. Il four­nit l'indication des fréquences^iour chaque mot ce qui permet d'en éva­luer l'importance dans le processus de communication. Certaines conclusions sur l'utilisation des mots ont déjà été possibles. Ainsi on a pu constaté que le nombre des vocables largement utilisés est très réduit et l'apport néologique est relativement faible. Pourtant ce constat retarde sur l'évolution de la langue étant donné que l'investigation du vocabulaire s'arrête peu de temps après le milieu du XXe siècle.

 

§ 107. Les dictionnaires linguo-encyclopédiques. Un diction­naire linguo-encyclopédique diffère des autres dictionnaires unilingues en ce que son objectif n'est pas purement linguistique. Outre l'explication des mots comme tels il fournit des renseignements sur des objets et phé-' nomènes différents : événements historiques, noms propres, découvertes scientifiques, sciences, arts. etc.

Le dictionnaire linguo-encyclopédique classique français est celui de Pierre Larousse - le « Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle » en 17 volumes. Il est connu dans le monde entier sous le nom de Grand Larousse.

Parmi les dictionnaires Larousse de grandes dimensions adaptés aux exigences du XXe siècle il faut nommer le « Larousse du XXe siècle » en 6 volumes, édité de 1927 à 1933 (rééd. en 1953-1955) et le « Grand Larousse encyclopédique » en 10 volumes, dont le dernier paraît en 1964. Tout comme le « Grand Larousse du XIXe siècle » ces deux vastes ouvrages représentent à la fois des dictionnaires de langue et des encyclo­pédies.

Il existe de nombreuses éditions du « Petit Larousse illustré ». qui est une miniature du « Grand Larousse ». en un volume, et qui jouit d'une renommée mondiale.

Parmi les dictionnaires Larousse une place à part revient au « Grand Larousse de la langue française » en 7 volumes (1971-1978). Cet ouvra­ge monumental, réalisé sous la direction de L. Guilbert. R. Lagane et G. Niobey est qualifié dans la préface d'instrument de connaissance du lexique français, dont la devise est : « Tous les aspects de la langue et rien que la langue ». La description très complète du lexique français et la richesse d'informations sur les phénomènes linguistiques en fait un vérita­ble « dictionnaire-encyclopédie » de la langue française.

Selon le témoignage des auteurs le lexique est orienté vers le pré­sent : comme les formes et les emplois disparus de l'usage courant ne sont toutefois pas négligés, leur place dans le vocabulaire est chaque fois précisée par les signes vx. (vieux), class. (classique). littér. (littéraire) .

Les articles offrent une description détaillée des aspects différents des mots-entrées : prononciation, catégorie grammaticale, étymologie, da­tations qui s'étendent, si possible, sur les significations, définition accom­pagnée de citations d'auteurs classiques et contemporains, condition d'emploi. En fin d'article sont indiquées les séries de synonymes et d'antonymes numérotées conformément à la présentation des significations : on y trouve aussi des remarques grammaticales, orthographiques et autres. Tous ces renseignements sont fondés sur l'acquis le plus récent des re­cherches linguistiques. Ceci est particulièrement manifeste dans l'analyse du contenu sémantique qui tient compte de la distribution du mot dans la phrase. Ainsi la distinction des significations de convenir (v tr ind ) est fonction des constructions syntaxiques qui le caractérisent : ses significa­tions sont réparties compte tenu du régime du verbe (convenir à conve­nir de, que), du sens catégoriel du sujet (sujet désignant une chose, un être animé, une ou des personnes), etc

L'approche synchronique détermine l'admission des homonymes sé­mantiques (par. ex.: air = fluide, air = manière d'être, air = mélodie) qui constituent des articles séparés. Quand la différenciation lexico-sémanti-que d'une forme lexicale est incomplète, elle est marquée par des chiffres romains à l'intérieur d'un seul article : par ex. : ceinture 1. «bande qui sert à tenir un vêtement » et II. « ce qui forme une enceinte », chacun des deux centres sémantiques groupant plusieurs significations.

La partie encyclopédique, rédigée par H. Bonnard présente, classées à leur ordre alphabétique, les notions fondamentales de grammaire et de lexicologie, telles que : accent, adjectif, adverbe, argot, article, aspect, champ sémantique, connotation, discours, etc.

Au début de l'ouvrage sont décrits « les fondements lexicologiques du dictionnaire ». élaborés par L. Guilbert. Cette description porte sur la formation des unités lexicales dans la double perspective diachronique et synchronique et repose sur les principes de la grammaire générative. Con­formément à ces principes « La formation des unités lexicales construites est en relation étroite avec la grammaire, la syntaxe de la phrase, en rai­son de la syntaxe interne inhérente à ces unités aussi bien que par leur syntaxe externe ».

Le « Grand Larousse de la langue française » s'adresse a un public cultivé, également aux francophones curieux de mieux connaître la langue qu'ils parlent et aux étrangers désireux de trouver une information circonstanciée sur la langue qu'ils apprennent à parler.

 

§ 108. Les dictionnaires aide-mémoire. À côté des encyclopé­dies au sens propre du mot, il existe toutes sortes d'aide-mémoire. d ouvra­ges d'information conçus sous fonme de dictionnaires alphabétiques donnant des renseignements divers. Ces aide-mémoire peuvent être classés en trois grands groupes :

1. D'une part, ce sont de brèves encyclopédies d'ordre particulier contenant des données sur des événements historiques, des renseignements sur l'histoire de la culture, de la religion, etc. On pourrait citer à titre d'exem­ple . « Dictionnaire de l'art contemporain », « Dictionnaire de la danse », « Dictionnaire de la peinture moderne », « Dictionnaire de littérature contemporaine », « Dictionnaire de la mythologie grecque et romai­ne », « Dictionnaire des attributs, allégories, emblèmes et symboles », etc. La diversité de cette espèce d'ouvrages est vraiment illimitée.

Il y a des indicateurs biographiques qui contiennent des noms de per­sonnes plus ou moins connues dans leur pays : on y indique leur biogra­phie, leur adresse, le poste qu'ils occupent : ces indicateurs s'appellent "Wlio is who"' (« Qui est qui »).

Un cas particulier est offert par le fameux « QUID » qui fournit des renseignements succincts mais d'une extrême précision ayant trait aux phénomènes scientifiques et culturels d'une portée mondiale de même que les données les plus importantes sur les hommes illustres du monde entier. Étant réédité et complété chaque année le « QUID » est une sour­ce d'information constamment renouvelable.

2. D'autre part, il faut classer parmi les dictionnaires aide-mémoire plusieurs types d'ouvrages dont le but est de fournir toutes sortes de don­nées linguistiques. Ici vient se ranger le « Dictionnaire de la prononcia­tion française dans sa norme actuelle » de L. Warnant. en 2 volumes, paru en 1966 (rééd. en 1987). Le premier volume contient les noms com­muns du français placés en ordre alphabétique et suivis de leur transcrip­tion phonétique indiquant « la prononciation française d'aujourd'hui, telle qu'on peut l'entendre dans les milieux parisiens cultivés ». Le second volume est consacré à la prononciation des noms propres.

Le « Dictionnaire de la prononciation française dans son usa­ge » réel de A. Martinet et H Walter (P.. 1973) présente des données objectives sur les variations possibles dans la prononciation des mots selon les milieux et les niveaux différents de la langue.

Ajoutons le « Dictionnaire de la prononciation » (P.. 1980) de A. Lerond. Il faut nommer plusieurs dictionnaires des difficultés, parmi lesquels l’« Ortho, Dictionnaire orthographique » de A. Sève, « Dic­tionnaire d'orthographe et des difficultés françaises » de J.-Y. Doumon, le « Dictionnaire des difficultés de la langue française » de A -V. Tho­mas, le « Dictionnaire des difficultés grammaticales et lexicologicjues » de J. Hanse, dont la variante rénovée est le « Nouveau dictionnaire des difficultés du français moderne » (Louvain-la-Neuve, 1988) Ajoutons encore le « Dictionnaire des difficultés du français » de J.-P. Colin et le « Nouveau dictionnaire des difficultés du français » du même auteur.

3. Enfin il y a d'innombrables dictionnaires aide-mémoire qui se rap­prochent plutôt des vocabulaires de tenues. Il s'agit de toutes sortes de terminologies spéciales : dictionnaires de termes techniques, de médecine, des termes vétérinaires et zootechniques, de la chimie, de la radio, de l'électronique, de l'atome, etc. Cette abondance s'explique par l'énorme progrès des sciences et de l'industrie au XXe siècle. L'accroissement des terminologies est si rapide que mêmes les spécialistes en sont embarras­sés et éprouvent le besoin de disposer de dictionnaires qui déterminent et consacrent le sens exact de tel ou tel terme.

Il est évident que ce type de dictionnaires a un grand avenir. On en compose beaucoup, et très souvent la terminologie y est présentée en plusieurs langues à la fois, ce qui est particulièrement important à une époque où la science et l'information deviennent de plus en plus interna­tionales.

 

§ 109. Les dictionnaires analogiques (ou idéologiques). On com­pare souvent les dictionnaires alphabétiques à d'énormes tertres funérai­res ou fosses communes où se trouvent enterrés des milliers de mots dont parfois on ne soupçonne même pas l'existence. En effet, la majorité des Français utilisent ordinairement près de 5000 mots ; les dictionnaires en contiennent de 25 000 à 70 000. Il y a beaucoup d'idées, de choses dont on ignore ordinairement les noms. Donc, il y a fort peu de chances de les trouver dans un dictionnaire alphabétique. Parfois un mot que nous som­mes sûrs de connaître échappe à notre mémoire, et il n'y a pas moyen de s'en ressouvenir à l'aide d'un dictionnaire alphabétique.

« L'objet principal du nouveau dictionnaire... est de fournir, pour la pre­mière fois, un moyen commode de trouver les mots quand on a seulement l'idée des choses ».'dit P. Boissière dans la préface à son « Dictionnaire analogique de la langue française (répertoire complet des mots par les idées et des idées par les mots) », dont la première édition remonte à 1862.

Les idées des choses se groupent autour d'un certain nombre de mots saillants, fondamentaux, connus de chacun. En disposant les mots appartenant à un cercle déterminé d'idées sous un de ces mots-clefs, on peut faciliter la recherche d'un tenue inconnu ou oublié. Boissière cite, à titre d'exemple, le nom de l'art d'élever les abeilles et de leur faire produi­re le plus de miel possible : cet art doit avoir un nom que nous pouvons oublier ou ne jamais avoir connu. Comment trouver le mot ? On peut le faire à l'aide du dictionnaire analogique en cherchant dans les articles abeille ou miel, dans lesquels sont groupés tous les mots désignant les choses et les idées liées à la vie des abeilles et à la production du miel. On y trouvera assurément le mot apiculture.

Pour répondre à son but. un dictionnaire analogique doit être cons­tamment au niveau des connaissances de l'époque. Le dictionnaire de Boissière, novateur par sa conception, est actuellement périmé quant à son corpus.

Un autre dictionnaire analogique de volume plus modeste est celui de P. Rouaix. le « Dictionnaire des idées suggérées par les mots », dont la première édition date de 1897.

En 1936 a paru un nouveau « Dictionnaire analogique de la lan­gue française » de Ch. Maquet (plusieurs fois réédité) qui est une varian­te abrégée et refondue du dictionnaire de Boissière. pratiquement plus commode.

À part se situe le « Dictionnaire analogique » de G. Niobey. dont la première édition paraît en 1980 (la suivante date de 1995) et qui se distin­gue des précédents par une présentation judicieuse. Un des grands avan­tages de ce dictionnaire est l'adjonction d'exemples visant à présenter les mots « dans un contexte linguistique » afin « d'employer le tenue propre à l'expression de la pensée ». Aux deux milliers de mots-centres figurant dans le dictionnaire de Maquet ont été ajoutés plusieurs centaines ayant spécialement trait aux sciences et aux techniques nouvelles de même qu'à certains autres aspects de la vie contemporaine ce qui en fait un ouvrage de pointe. En plus les différents niveaux de langue ont été pris en compte, fait qui reflète l'attitude plus tolérante des usagers envers les mots « para-normatifs ».

Ajoutons que l'académicien L. Stcherba. un des plus grands lexico­graphes russes, considérait les dictionnaires analogiques comme étant d'une grande utilité et. quelquefois, préférables aux dictionnaires bilingues. Il les comparait, en raison de leur approche onomasiologique. à La pensée et la langue de F. Brunot : on y part également des idées pour arriver à la forme, tandis que dans les dictionnaires et les grammaires ordinaires on part des formes pour arriver aux idées.

 

§ 110. Les dictionnaires de synonymes. Les dictionnaires de sy­nonymes ne sont qu'une variété des dictionnaires analogiques ; tout com­me dans ces derniers, il s'agit de grouper les mots selon leurs affinités sémantiques, mais dans les dictionnaires de synonymes cette affinité est plus étroite.

Comme les critères de la synonymie ne sont pas toujours nettement définis par les auteurs on y voit plutôt les mots groupés selon qu'ils expri­ment à peu près la même idée. Les dictionnaires de synonymes ont une longue tradition d'emploi en France. Le premier ouvrage de ce genre fut publié en 1718. Son titre est : « la.Justesse de la langue française ou tes Différentes significations des mots qui passent pour être synonymes » : il a été réalisé car l'abbé Girard. Au cours du XVIIIe et du XIXe siècles furent créés plusieurs dictionnaires de synonymes, entre autres, ceux de Lafaye et de Sardou qui jouissaient d'une grande popularité.

Parmi les dictionnaires des synonymes du XXe siècle il faut citer en premier lieu celui de R. Bailly, para en 1947 (rééd. en 1967).

Dans la préface à son dictionnaire l'auteur indique que les mots à sens analogue, ou synonymes, sont très nombreux en français. Quand on les rencontre isolés l'un de l'autre, on les explique d'une manière identi­que : mais aussitôt qu'on les considère tous ensemble, on se rend compte des différences qui existent entre eux. Si l'on envisage une série de syno­nymes, comme par exemple, se moquer, railler, se gausser, persifler, bafouer, plaisanter, on voit que ces mots, tout en exprimant à peu près la même idée, diffèrent l'un de l'autre par leur sens

Le dictionnaire de Bailly a pour but d'expliquer les nuances sémanti­ques des synonymes.

Dans chaque série synonymique il y a un terme saillant, principal, qu'on peut considérer comme le représentant de toute la série (dans la série citée ci-dessus, c'est évidemment se moquer). Dans le dictionnaire de R. Bailly les séries sont groupées autour de ces mots-clefs ; les autres membres de la série se trouvent à leur place, suivant l'ordre alphabétique, et le lecteur qui veut voir toute la série est renvoyé au tenue central.

Les séries étroites des synonymes sont rattachées, par des renvois, à d'autres séries, voisines, de sorte que le lecteur se fait une idée d'un grand groupement analogique.

Ainsi la série des synonymes qui se groupent autour du terme cen­tral critiquer est le suivant : censurer, épiloguer, trouver à redire, fron­der, éreinter, bêcher, chiner, etc. Ce groupe est rattaché à d'autres, dont le sens se rapproche de quelque tenue de la série . le mot bêcher de cette première série appelle le mot chicaner : le mot censurer évoque l'idée exprimée par les mots désapprouver, condamner, réprimander, qui n'entrent pas dans la première série, mais s'en rapprochent par quel­ques-uns de leurs aspects. Chacun de ces tenues voisins possède, à son tour, une série de synonymes : réprimander - reprendre – gronder - lancer - chapitrer - gourmander - savonner la télé, etc.; condam­ner - réprouver – désapprouver – stygmatiser - proscrire ; désap­prouver - désavouer - blâmer - vitupérer, etc. Toutes ces séries, au total, forment un grand groupe, qui n'est plus guère synonymique. mais analogique, et qu'on pourrait déterminer par quelque tenue d'identité, par exemple, désapprobation.

Un autre dictionnaire de synonymes, paru en 1956. est celui de H. Bénac (« Dictionnaire des synonymes » conforme au « Dictionnai­re de l'Académie Française »). Pareillement aux ouvrages cités précédemment. ce dictionnaire repose, dans l'analyse des synonymes, sur des distinctions idéographiques et stylistico-fonctionnelles. laissant de côté les différences d'emploi qui distinguent très souvent les membres d'un seul groupe de synonymes. ' L'auteur remarque dans la brève préface- « Dans notre nomenclatu­re, nous avons exclu les termes d'argot... Toutefois nous avons dérogé à notre règle en faveur de quelques termes devenus si usuels que nos meilleurs écrivains les emploient comme synonymes de mots français avec des nuan­ces que nous nous sommes attachés à préciser. » Le dictionnaire de H. Bénac réserve également une certaine place aux néologismes, aux emprunts et aux termes spéciaux faisant partie des séries synonymiques

En 1977 paraît le « Nouveau dictionnaire des synonymes » rédigé par E. Genouvrier, C. Désirât, H. Horde qui a subi plusieurs éditions. Visant des buts pratiques d'enseignement et d'apprentissage du français il présente les synonymes dans leur fonctionnement. Au lieu de s'attarder sur les définitions les auteurs ont choisi d'expliciter les particularités d'em­ploi des synonymes : leur apparition dans un contexte linguistique (syn­taxique et verbal) ou sociolinguistique déterminé, leur usage prioritaire à un niveau de langue, leur expressivité, leur fréquence. Cette méthode de présentation découle de la thèse que les ternies synonymes « se distin­guent moins par le sens qu'ils impliquent que par leur usage en français ». Des éléments de définition interviennent uniquement dans les cas où les termes ne peuvent être distingués autrement. Ainsi des définitions par­tielles sont indispensables pour distinguer horloge et pendule, glabre, imberbe et rasé.

Par un système judicieux de notations et des exemples révélateurs le dictionnaire fournit une abondante information sur le comportement des synonymes.

La dernière variante de cet ouvrage - « Dictionnaire des synony­mes » (datant de l'an 2000) couronné par l'Académie française a pour objectif d'offrir le tableau d'« une synonymie vivante ».

Partant de principes théoriques modernes, d'ailleurs consacrés déjà par la pratique lexicographique. les auteurs ont réussi à créer un diction­naire de synonymes original, d'une grande utilité pratique.

La plupart des petits dictionnaires de synonymes se bornent à don­ner ces séries de mots sans aucun commentaire. Un ouvrage de ce genre particulièrement réussi est le « Nouveau dictionnaire des synonymes » de H. Bertaud du Chazaud (P., 1979, plus d'une fois réédité.). Son grand mérite consiste dans son exhaustivité : il offre un répertoire inégalé de 200 000 mots et locutions répartis en 20 000 articles. Il unit la concision à la variété d'information : en relativement peu d'espace on trouve des renseignements utiles sur les emplois des synonymes présentés dans leurs différentes acceptions.

Les dictionnaires des synonymes sont d'une grande importance per­mettant à celui qui s'en sert d'élargir son vocabulaire. Au même type appartiennent les dictionnaires des antonymes.

 

§ 111. Les dictionnaires phraséologiques. Les locutions phra-séologiques sont enregistrées dans une mesure plus ou moins large dans les dictionnaires de langue de type général. Elles peuvent être aussi l’uni­que objet d'études lexicographiques.

Des écrits de ce genre apparaissent déjà au XVIIe siècle. Signalons celui de A Oudin « Curiosités françaises, pour supplément aux dic­tionnaires. Recueil de plusieurs belles propriétés avec une infinité de proverbes et de quolibets dont la première édition date de 1640.

Au début du XXe siècle paraît le « Dictionnaire des gallicismes les plus usités » par E. Pradez.

D'une plus large envergure, le « Dictionnaire des locutions françai­ses » de M. Rat. publié en 1957 (la réédition augmentée d'un supplément date de 1982). réunit les unités phraséologiques d'un usage courant « dont il sied de préciser le sens, d'indiquer l'origine quand elle peut être indiquée » Lorsque la locution se comprend aisément l'auteur se borne à en donner une définition. Si, au contraire, elle peut causer des difficultés elle reçoit une précision supplémentaire par un ou plusieurs exemples empruntés généra­lement à des auteurs. Les locutions sont présentées dans l'ordre alphabéti­que à partir d'un des ternies principaux qui les composent. Ainsi, par exemple, les locutions ours mal léché et secouer les puces à qn sont introduites par les mots-vedettes lécher - la première et puce - la seconde. Comme le choix du terme principal des locutions ne répond pas aune exigence objec­tive l'auteur a complété son dictionnaire par l'index des mots qui les cons­tituent, ce qui permet de trouver facilement la locution voulue Par exemple, afin de trouver la locution entrer dans la peau de son personnage il suffira de consulter l'index à entrer, peau ou personnage. Le dictionnaire de M. Rat est loin de donner un tableau complet de la phraséologie françai­se. L'interprétation des locutions concerne essentiellement l'origine qui. d'ailleurs, n'est pas toujours correctement expliquée.

En 1979 paraît le « Dictionnaire des expressions et des locutions figurées » rédigé par A Rey et S. Chantreau (rééd. en 1984). Cet ouvra­ge surpasse sensiblement ses prédécesseurs par sa nomenclature et l'in­formation qu'il fournit pour chaque locution. On peut s'en rendre compte en comparant le nombre d'expressions commentées sous la même entrée dans ce dernier dictionnaire et celui de M. Rat. Avec le mot compte, par exemple, on y trouvera plus de 40 expressions, alors qu'elles sont au nom­bre de 5 dans l'ouvrage de M Rat.

Il y a lieu de signaler que. malgré son titre restrictif, l'ouvrage offre une nomenclature qui déborde le stock des expressions figurées À ces dernières se joignent des expressions représentant des combinaisons stéréotypées qui n'évoquent aucune image. Telles sont : circonstances atténuantes, de circonstance, en connaissance de cause, faire con­naissance (avec) et beaucoup d'autres.

Les locutions sont non seulement définies, mais elles reçoivent les marques nécessaires (littér., poét., fam., vulg., etc.) précisant leur ap­partenance aux différents niveaux de langue. Celles qui sont tombées en désuétude sont suivies du signe vx. (vieux) ou vi (vieilli) (ce dernier sup­pose « un reste d'usage, au moins passif»). L'absence de toute marque signale que la locution est « moderne et usuelle, utilisable tant dans la langue écrite qu'oralement ». D'autres renseignements sont donnés lors­qu'ils présentent un intérêt particulier : la date, approximative ou précise. du premier emploi connu, l'origine, le sens du mot-vedette en cas de poly­sémie, l'évolution sémantique.

Les auteurs ont largement profité des résultats des recherches systé­matiques sur l'histoire de la langue française afin de rectifier les étymolo-gies douteuses ou aberrantes proposées dans les ouvrages lexicographiques antérieurs. La présentation qui repose sur des principes formels (fonction syntaxique, ordre alphabétique) permet à 1 ' usager du dictionnaire de s'orien­ter sans entrave dans les articles complexes.

De nombreuses citations tirées d'œuvres littéraires précisent l'em­ploi des expressions. Parmi les ouvrages lexicographiques français trai­tant de la langue française le dictionnaire de A. Rey et de S. Chantreau est, sans conteste, le plus réussi.

 

§ 112. Les dictionnaires d'argot. La création d'un dictionnaire de l'argot est une tâche particulièrement difficile. L'argot est, d'une part, un langage qui se veut ésotérique : sa raison d'être consiste en ce qu'il soit difficilement compris par ceux qui n'appartiennent pas au « milieu » ; c'est pourquoi il doit changer constamment. D'autre part, c'est la manière de s'exprimer de « l'homme de la rue » des grandes villes, qui cherche à donner de la couleur, de l'imprévu, de la rapidité à sa parole, de lui confé­rer une certaine désinvolture propre à celui qui n'a point à se gêner devant ses pareils. De là la grande inconstance des argots, leur évolution rapide

Malgré tous ces obstacles, la lexicographie française possède un grand nombre de dictionnaires d'argot. On se bornera à n'en citer que les plus connus.




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