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Unissez les lettres aux chiffres correspondants. A B C D E F G H




Terme Définition /exemple
I. A.Les dialectes locaux B. Les jargons 1.ont une sphère d'application étroite parmi les membres d'un groupe social déterminé. 2.sont parlés par des représentants de couches sociales différentes
II. C. Les mots de l'argot des écoles : D. Les mots de l'argot des militaires: 3. barda, perm(e) colon, capiston, juteux, marmite, marmitage, roupiller 4. boîte à bachot, piocher, chiader, potasser ; diff, prof, math'élém ; colle, pion ; sorbonnard
III. E. Les néologismes : F. Les archaïsmes : 5.lave-vaisselle, pochothèque, réceptionniste 6. druide, sénéchal, dîme ; partir (= partager), forum
IV. G. Les historismes sont H.Les archaïsmes proprement dits sont   7.les mots vieillis exprimant des notions qui ont disparu ou qui sont en voie de disparition 8.les mots vieillis qui sont des vocables désuets associés à des notions vitales qui survivent dans la langue et qui sont rendues par d'autres vocables plus récents
         

 

 

A B C D E F G H
               

 

UNITÉ VIII.

SUJET :STRUCTURATION SEMANTIQUE ET FORMELLE DU VOCABLAIRE DU FRANCAIS MODERNE. SYNONYMES.

I . MATIÈRE DE PROGRAMME :

 

1. Notes préliminaires.

2. Synonymes. Généralités.

3. Critères de la synonymie. Définition des synonymes.

4. Synonymie absolue et relative.

5. Typologie des synonymes.

6. Synonymes partiels.

7. Synonymie des locutions phraséologiques.

8. Origines de la synonymie.

___________________________

 

1. Notes préliminaires.Le caractère systématique du vocabu­laire repose sur son organisation structurée qui se traduit par l'existence de sous-systèmes ou ensembles lexicaux réunis selon quelque indice. Étant l'unité d'une forme et d'un contenu le mot peut faire partie de sous-sys­tèmes formels, sémantiques ou sémantico-formels.



Dans les sous-systèmes formelsviennent se ranger les homonymes et les paronymes (mots à sens différents, à prononciation similaire).

Parmi les sous-systèmes sémantiques on distingue sur l’axe paradigmatique les champs conceptuels, les groupes lexico-sémantiques, les synonymes, les antonymes, les hypéronymes et les hyponymes.

On appelle hypéronyme (ou super ordonné) un vocable dont le sens inclut le ou les sens d'un ou de plusieurs autres vocables, ces derniers étant des hyponymes ; ainsi il y a inclusion du sens (ou du sémème) de arbre dans les sens (ou sémèmes) de chêne, tilleul, hêtre, etc. Nous sommes dans ce cas en présence de rapports hypéro-hyponymiques.

Un champ conceptuel réunit tous les vocables se rapportant à la notion générale ou indice notionnel appelé invariant (tels sont tous les vocables se rapportant à la notion de « beau »).

Un groupe lexico-sémantique comprend les mots à significatif similaire et appartenant à la même partie du discours. Les vocables faisant partie d'un groupe lexico-sémantique supposent nécessairement un indice notionnel commun, c'est pourquoi un groupe lexico-sémantique représente une variété de champ conceptuel. Ainsi, à partir de la notion du déplacement, on peut dégager les verbes aller, venir, entrer, sortir, arriver, partir, courir, fuir, déguerpir, etc.

Sur l'axe syntagmatique on distingue les « champs syntagmatiques » (dénommés encore « champs sémantiques » qui englobent les combinaisons possibles d'un mot avec d'autres mots. Par exemple, pour le verbe dévorer on constatera que dans son sens principal il aura pour sujet des noms désignant des bêtes féroces et pour complément direct des noms d'êtres animés (l'ours a dévoré le mouton, le renard a dévoré la poule), dans un de ses sens secondaires le sujet sera un nom abstrait et le complément un nom de personne ou son substitut (le chagrin, les soucis le dévorent), et encore dans un autre sens le sujet sera un nom de personne et le complément un nom abstrait (le subalterne a dévoré un affront, une injure).

Le relevé de la totalité des combinaisons d'un mot permet d'en pré­ciser les significations et la fréquence des emplois divers.

Parmi les sous-systèmes sémantico-formels qui relèvent de la lexicologie il faut ranger les champs morphologiques dont la structure dépend des morphèmes constituant le mot central. Ainsi pour le mot légalité il est possible de dégager deux sous-systèmes, prenant comme point de départ ou bien la racine (légal, légal-ement, légal-iser, légal-isation, légal-iste, il-légal, il-legal-ement, il-legal-ité), ou bien le suffixe (null-ité, généros-ité, etc.), ce qui donnera, dans le premier cas, une famille de mots et, dans le second, une série suffixale.

Nous nous bornerons à une description plus détaillée des sous-systèmes paradigmatiques d'ordre lexico-sémantique les mieux explorés.

 

2. Synonymes. Généralités.Les opinions des linguistes contemporains sur la synonymie sont fort différentes. Pour certains linguistes les vocables sont synonymes à condition d'avoir une valeur sémantique identique. Ceux-ci étant réduits au minimum, ces linguistes en arrivent à nier l'existence même de la synonymie.

En effet, la synonymie est un phénomène historique, puisque les séries synonymiques subissent des regroupements au cours des siècles et toutefois la synonymie comme telle demeure un phé­nomène constant de la langue.

La synonymie est un phénomène dialectique qui suppose tout à la fois des traits communs et des traits distinctifs. Les vocables forment des séries synonymiques à partir de leur communauté, mais leur présence dans la langue est due principalement à leur fonction différentielle.

La synonymie se révèle dans la synchronie, elle est un indice du caractère systémique de la langue.

3a. Les critères de la synonymie.En abordant le problème de la synonymie il faut avant tout préciser quels doivent être les rapports sémantiques entre les mots afin qu'on puisse les qualifier de synonymes et quels sont les cas où, malgré la similitude des acceptions des mots il n'y a point de synonymie entre eux.

Dans certains ouvrages les mots sémantiquement apparentés, réunis par le même terme d'identification, sont qualifiés de synonymes. Ce sont généralement des vocables plus ou moins voisins quant à leurs acceptions qui se trouvent en rapport de subordination logique. Ces vocables, exprimant des notions d'espèce soumis à la notion de genre rendue par le terme d'identification, ont en réalité entre eux des distinctions trop grandes pour être qualifiés de synonymes. Ils ne sont point non plus les synonymes du terme d'identification lui-même, vu que les mots sémantiquement subordonnés ne créent point de rapport synonymique. Ainsi les vocables fusil, épée, pistolet, canon, bombe atomique ne sont ni synonymes entre eux ni synonymes du terme d'identification arme qui les englobe. Ici on est en présence d'un rapport hypéro-hyponymique.

Il en est de même pour vaisseau, navire, bâtiment, paquebot, cargo, transport, transatlantique, courrier, steamer, vapeur, nef, caravelle, coche, cabane (vx.), bateau-mouche, steam-boat, yacht, arche qui se laissent grouper sous le terme d'identification bateau.

La dénomination du même objet ou phénomène de la réalité n'est point non plus un critère sûr de la synonymie. En effet, des vocables très différents par leur sens peuvent désigner dans la parole le même objet, cependant ils ne deviennent pas pour autant des synonymes. Dans un certain contexte on peut nommer un chat (un chien, une personne) - « un monstre ». (Ce monstre, il m'a volé mon poulet ! s'écriera une ménagère furieuse contre son chat.)Toutefois monstre ne sera pas un synonyme de chat.

On insiste très souvent sur l'interchangeabilité des mots comme cri­tère de la synonymie. Au premier abord cette opinion paraît être justifiée. En effet, beaucoup de vocables qualifiés à bon droit de synonymes sont interchangeables dans la parole malgré les « nuances » de sens qui les distinguent. Dans l'usage courant nous substituons constamment joli à beau, craindre à redouter et aussi à avoir peur. On dira également finir un travail et achever un travail, de même que terminer un travail.

Toutefois l'interchangeabilité quoique souvent très utile dans la sélection des synonymes ne peut être considérée comme un critère absolu. Nous avons établi que le fonctionnement réel des vocables ne découlait pas toujours directement de leur contenu idéal, autrement dit de leur sens. Le halo — argotique ou scientifique qui s'ajoute à la notion exprimée par ces mots en restreint l'aire d'emploi. L'emploi traditionnel des mots est aussi un obstacle à l'interchangeabilité des synonymes. Donc, l'interchan­geabilité ne pourra pas être appliquée à tous les synonymes. D'autre part, ainsi que nous l'avons démontré, l'interchangeabilité occasionnelle du type chat et monstre ne nous autorise point à y voir des synonymes.

C'est uniquement à partir de la faculté des vocables d'exprimer des notions identiques ou proches qu'il est possible de dégager des synony­mes.

3b. Sur les définitions des synonymes.De cette façon, on appelle synonymes des vocables à composition phonique différente exprimant la même notion ou des notions très proches. Cette définition, correcte en principe, manque toutefois de précision puisque pratiquement il est malaisé d'établir la limite entre des notions très proches, moins proches ou éloignées. Un examen du « comportement » des vocables aux niveaux différents de la langue (langue-système et parole) permettra lediscernement plus objectif. C'est dans ce sens que cette définition devrait être rectifiée. Si pour les mots exprimant des notions identiques dans langue-système la synonymie ne soulève pas de doute il en va autrement pour les mots qui rendent des notions voisines. Ces derniers auront droit au statut de synonymes à condition que les distinctions notionnelles, qui les opposent, s'effacent, se neutralisent régulièrement dans la parole. Alors les synonymes seraient des vocables différents pouvant éventuellement exprimer des notions identiques dans la parole et tout au moins des notions proches dans la langue-système.

La proximité des synonymes quant à leur valeur notionnelle est variable. Certains expriment la même notion tant au niveau de la parole qu'au niveau de la langue. Tels sont les adverbes d'intensité ardemment et éperdument qui ne se différencient que par l'emploi : on dira désirer ardemment et aimer éperdument et non pas le contraire. Gravement et grièvement offrent le même cas. Pour d'autres, qui rendent des notions proches au niveau de la langue, la valeur intellectuelle peut coïncider dans la parole. Il en est ainsi pour les verbes craindre, redouter, appréhender, avoir peur qui en tant qu'unités de la langue présentent des variations notionnelles assez nettes : craindre signifie « éprouver le sentiment de n'être pas suffisamment défendu de toutes sortes de choses désagréables ». On peut craindre un événement, une personne, un reproche, on peut craindre le ridicule. Redouter est plus fort et implique le soupçon ou le pressentiment d'une menace : on peut redouter une personne, un complot, un piège. Appréhender veut dire « envisager quelque chose avec crainte, s'en inquiéter par avance », c'est un état de crainte vague, mal définie, proche de l'incertitude, de la timidité. Avoir peur est sémantiquement le plus ample de tous ces synonymes, il peut les remplacer à la rigueur, mais en même temps il a une particularité qui le distingue : cette locution peut indiquer l'état de peur vis-à-vis d'une menace réelle, tandis que ses synonymes signifient plutôt la peur devant une menace éventuelle. C'est pourquoi on ne pourrait employer ni craindre, ni redouter, ni appréhender dans la phrase ci-dessous :

...il lève ses poings fermés et fait vers Sampère deux pas ;... Sampère a peur. Il blêmit à son tour et recule... (H. Parmelin).

Et pourtant dans l'usage ces distinctions se neutralisent souvent : on craint et on redoute une issue fatale, on redoute et on appréhende les suites d'une maladie. Les notions exprimées par les unités phraséologiques tirer parti et tirer profit sont proches sans être identiques : dans tirer profit l'idée d'un avantage intéressé est rendue plus nettement. Toutefois cette nuance n'apparaît pas toujours dans l'énoncé : on dira également tirer profit et tirer parti d'une lecture.

Il en est autrement pour partir à l'anglaise et mettre la clef sous la porte ; les nuances notionnelles qui les séparent seront présentes dans tous les cas de leur emploi : la première locution signifiera toujours « prendre furtivement congé d'une société, d'une compagnie », tandis que la seconde aura le sens de « quitter la maison en cachette et pour une longue durée sans payer le loyer ». Par conséquent, ces locutions ne seront point synonymes malgré leur affinité sémantique.

4. Synonymie absolue et relative.Les synonymes dont lastructure sémantique soit identique et qui, par conséquent, ne se distinguent que phonologiquement sont rares. Toutefois on constate la présence de synonymes absolus dans les différentes terminologies qui d'ailleurs ne contribue ni à la clarté, ni à la précision (cf. désinence et terminaison en grammaire, phonème voisée ou sonore, voyelle labiale ou arrondie, consonne spirante, fricative ou constrictive en phonétique. La synonymie absolue est aussi caractéristique de l'argot qui par nature même favorise la création d'innovations pouvant se substituer les anciennes formations.

Généralement la synonymie n'est que relative. En effet, les synonymes servent à rendre nos idées, nos sentiments d'une manière plus précise, plus vive et nuancée, donc à différencier. Ils reflètent les divers aspects des phénomènes réels, aspects établis par les sujets parlants au cours leur expérience historique.

Cette destination des synonymes est surtout manifeste lorsqu'ils figurent côte à côte dans l'énoncé :

Ta mère est une femme exceptionnelle. Elle mérite d'être traitée non, seulement avec respect,mais avec vénération(Duhamel).

Robert a aussi réussi ce tour de force : il m'a protégé de l'isolementsans me priver de la solitude(S. de Beauvoir).

5. Variations différentielles des synonymes.Les synonymes diffèrent tant par leur sens (variations notionnelles et affectives) que par leur signalement (variations stylistico-fonctionnelles et variations d'emploi).

Lesvariations notionnelles ont déjà été illustrées par la série, synonymique de craindre, redouter, appréhender, avoir peur. Ces exem­ples pourraient être multipliés. Dans le « Dictionnaire des synonymes » les auteurs fournissent des explications précises pour les synonymes de l'adjectif terne (= qui a perdu en partie sa couleur) : pâle (qui se dit d'une couleur éteinte); fade (qui se dit d'une couleur sans éclat), délavé (= décoloré par les lavages) et mat (= dépoli : un plat en argent mat).

Nous avons établi qu'il y a réellement synonymie si les distinctions logiques parviennent à se neutraliser régulièrement dans la parole. Quant aux autres types de variations, leur présence dans l'énoncé ne détruit guère la synonymie.

Les variations affectives. Il existe plusieurs synonymes pour rendre la notion de enfant. Le mot enfant est neutre, le mot bambin désigne un petit enfant avec une nuance de sympathie ou d'intérêt ; le mot gosse traduit la sympathie du locuteur, mais il comporte en même temps une nuance de supériorité et de dédain ; quand on veut parler à un petit garçon sur un ton amical et un peu protecteur, on peut l'appeler petit bonhomme ; le mot galopin est employé généralement dans un sens péjoratif, quant à garnement, il est nettement dépréciatif.

À côté du terme neutre tomber amoureux on emploie s'amouracher (« se prendre d'amour », en mauvaise part) ; se coiffer - avec une nuance d'ironie, de moquerie ; s'enticher- qui exprime le mécontentement et l'étonnement de celui qui parle ; s'enjuponner - qui est plein de mépris et de raillerie et qui appartient au style vulgaire.

Afin de montrer son mépris, son aversion pour une personne avare, on emploie à côté du mot avare ses synonymes affectifs : crasseux, grigou, grippe-sou, harpagon.

Les variations stylistico-fonctionnelles. Il a déjà été question des différentes couches lexicales dont se compose le vocabu­laire d'une langue. Le choix des mots dépend dans chaque cas concret des circonstances, du caractère de l'énoncé. On ne se sert pas du même vocabulaire dans un livre scientifique, une lettre officielle ou intime, une conversation avec une personne âgée ou avec un enfant. Un diplomate n'utilise pas les vocables employés par « l'homme de la rue », la façon de parler d'un étudiant varie selon qu'il s'adresse à ses camarades ou à ses professeurs.

Les mots appartiennent à l'un ou l'autre style de la langue écrite ou parlée ; ils peuvent être neutres, nobles, familiers ou vulgaires : ils sont tantôt d'un emploi commun, tantôt d'un emploi terminologique.

Cette répartition stylistique du vocabulaire donne naissance aux synonymes stylistico-fonctionnels.

À côté de la tournure usuelle au revoir il existe une variante vulgaire à la revoyure; le mot tête possède des synonymes argotiques tels que boule, caboche,cafetière, etc. À côté de ventre on emploie ses synonymes populaires et familiers bedaine, bidon, à côté de laisser, abandonner - plaquer, larguer et balancer. Si l'on veut rendre plus brutale l'idée exprimée par nous sommes perdus, on peut avoir recours aux expressions vulgaires nous sommes fichus ou encore nous sommes foutus. L'équivalent argotique de ne porter aucun intérêt à qch est n'en avoir rien à cirer. Ainsi les synonymes peuvent appartenir à des styles fonctionnels différents ; tout en exprimant la même notion ces synonymes ont des caractéristiques socio-linguistiques distinctes.

Un autre type de synonymes fonctionnels est représenté par la synonymie entre un mot commun et un terme spécial : poitrinaire et tuberculeux, tuberculose et phtisie, amaigrissement et étisie, coup de sang et embolie, piqûre et injection, peau et épiderme, saignée et phlébotomie, vitriole et acide sulfurique, acide de sucre et acide oxalique, etc.

Il y a des synonymes appartenant à différents genres littéraires
firmament est plus poétique que ciel, génisse estplus poétique que vache,
à côté de la main droite il y a un synonyme appartenant au style élevé
archaïsant : dextre, etc.

Les variations d'emploi.Il y a des synonymes qui se distinguent avant tout par leur environnement linguistique. L'emploi de ces mots avec d'autres mots est une question d'usage.

Les mots travail, labeur sont des synonymes dont les sens sont très proches (labeur indiquerait un travail plus pénible). Les cas sont fréquents où les deux synonymes s'emploient indifféremment dans le même environnement linguistique : vivre de son travail, vivre de son labeur ; immense travail, immense labeur, etc. Toutefois, les conditions d'emploi de ces mots ne sont pas toujours identiques : on dit travaux publics, mais on ne peut pas dire labeurs publics, quoique ces travaux puissent être très pénibles ; l'usage n'admet pas une pareille combinaison. On dit travaux forcés, travaux de sape mais labeurs forcés, labeurs de sape sont inadmissibles. Le mot labeur peut être appliqué pour désigner un travail scientifique, et cependant le substantif labeur ne s'emploie pas avec l'adjectif scientifique ; on dit travail scientifique, alors que labeur scientifique est condamné par l'usage.

Les mots triomphe et victoire, tout en étant des synonymes, peuvent aussi se distinguer par leur emploi ; dans l'expression remporter une victoire on ne peut pas remplacer le mot victoire par triomphe. Par contre, on peut avoir un air de triomphe, mais on ne peut pas avoir un air de victoire ; cependant, on dit indifféremment air victorieux et air triomphant.

De cette façon, selon le caractère des variations on distingue les synonymes idéo­graphiques (fécond et fertile), affectifs (gamin, galopin et garnement par rapport à garçon), stylistico-fonctionnels (caboche et tête), les synonymes à emploi différent (triomphe et victoire).

6. Synonymes partiels.Jusqu'ici il s'agissait des vocables qui faisaient partie de la même série synonymique dans une de leurs signifi­cations. Mais il est aisé de s'apercevoir que les mots polysémiques sont membres de plusieurs séries synonymiques à la fois.

Ainsi le mot aigre a plusieurs sens dont chacun possède des syno­nymes - pour 1. «qui a une acidité désagréable » les synonymes sont : acide, acerbe, piquant (cf. un goût aigre, un fruit aigre) ; pour 2. « désagréable » (en parlant d'un son, d'une voix) les synonymes sont :, criard, perçant, strident (cf. sa petite voix aigre devint sifflante) 3. parlant de l'air, du vent les synonymes de aigre sont : froid, glacial,, cuisant, vif; 4.en parlant du ton, de l'humeur où aigre est le contraire de aimable les synonymes sont : acre, amer, cassant, mordant (cf : par aigres, humeur aigre).

On pourrait représenter ce système de rapports par un schéma graphique, où les séries des synonymes s'entrecroiseraient au point représenté par le mot aigre :

mordant

glacial perçant

 

piquant

 

 

strident vif

amer

 

Les mots amer, perçant, aigu qui ont encore d'autres sens pourraient à leur tour être des centres d'autres entrecroisements.

Le mot aigre, grâce à sa polysémie, n'entre que partiellement dans les quatre séries indiquées, il est un synonyme partiel de chacune d'en elles. Mais les autres membres des séries ne le sont aussi que dans des conditions particulières : ainsi, cuisant n'est le synonyme de froid quepar rapport au temps, à la température de l'air ; dans les groupes de mots tels que douleur cuisante, remords cuisants, l'adjectif cuisant n'est aucunement un synonyme de froid ou glacial ; de même l'adjectif cuisant n'est plus un synonyme de froid ou de glacial dans leur sens figuré : accueil froid, politesse glaciale, etc. Les mots froid et cuisant deviennent des synonymes dans un emploi particulier, mais ils ne le sont pas dans d'autres cas. C'est ce qu'on appelle « synonymie partielle ».

La synonymie des mots à sens phraséologiquement lié offre un cas particulier de la synonymie partielle : parfois un mot, formant avec unautre mot, une combinaison stéréotypée, acquiert un sens qu'il n'a pas en dehors de cette combinaison ; il peut avoir des synonymes qui ne le sont par rapport à cette valeur phraséologique : ainsi vif nepeut signifier froid que lorsqu’il est associé au mot air; les adjectifs froid, glacial, cuisant deviennent ses synonymes seulement quand vif estpris dans son acception phraséologiquement liée.

Le lexique d'une langue est traversé dans toutes les directions par des séries synonymiques qui se trouvent entre elles dans des rapports sémantiques différents. L'étude du vocabulaire d'une langue comporte, comme un des chapitres principaux, l'étude de la synonymie dans toute sa variété et toute sa complexité.

7. Synonymie des locutions phraséologiques.Outre les mots la synonymie embrasse des équivalents fonctionnels de mots parmi lesquels des locutions phraséologiques. Ces dernières sont souvent des synonymes de mots isolés. Ainsi à côté de se replier et s'enfuir nous avons battre en retraite et plier bagage. Les locutions phraséologiques servent générale­ment à rendre la parole plus colorée : tailler une bavette, savonner la tête à qn, battre la breloque («заговариваться, бредить»), mettre qqn sur la paille, perdre la boussole sont plus évocateurs que bavarder, gronder, divaguer, ruiner et s'affoler.

D'autre part, les locutions phraséologiques peuvent aussi former des séries synonymiques. Pour rendre l'idée qu'on est démuni d'argent on dit n 'avoir pas un rond ou être à sec, être sur le sable.

En parlant d'une personne qui jouit d'un pouvoir et d'une autorité illimités, on dit qu'elle fait la pluie et le beau temps ou bien qu'elle y dit la messe. On appelle un gaspilleur panier percé ou bourreau d'argent. De celui qui change brusquement ses opinions, qui passe du côté de l'adversaire, on dit qu'il tourne casaque, qu'il change son fusil d'épaule ou retourne sa veste. Un élève qui n'assiste pas aux classes fait l'école buissonnière ou sèche la boîte (fam.).

La synonymie des groupements phraséologiques est caractérisé quelques traits particuliers. On constate un grand nombre de synonymes phraséologiques à contenu notionnel identique. En effet, la synonymie idéographique n'est pas caractéristique de la phraséologie qui est utile avant tout à des fins affectives et expressives. Les synonymes phraséologiques à valeur affective sont, en revanche, très nombreux. Si s'enfuir et s'emporter sont dépourvus d'affectivité prendre les jambes à son cou et monter comme une soupe au lait sont teintés d'ironie ; collet monté et mal blanchi sont offensants en face de prude et un Noir.

Les synonymes phraséologiques offrent très souvent des variations stylistico-fonctionnelles : être sans le sou, être dans les vignes (du seigneur), essuyer un échec appartiennent au style neutre, alors que respectivement être dans la dèche est familier, être bourré comme un coing est populaire et ramasser un bide (en parlant d'un spectacle) s'emploie dans l'argot ; pour rendre l'idée d'avoir faim ou de n 'avoir rien à manger le langage populaire possède les locutions avoir la dent, avoir les crocs, bouffer des briques ; le poétique champ de Mars s'oppose à champ à bataille qui est neutre.

Quant à la synonymie partielle elle n 'est pas typique des groupement phraséologiques car ces derniers sont rarement polysémiques.

 

8. Origines de la synonymie.L'apparition de nouveaux synonymes répond au besoin de nuancer notre pensée. Les dénominations de ces nuances sémantiques sont puisées dans des sources diverses. Parfois c'est l'emprunt à une langue étrangère. Ainsi, à côté du mot goûter a apparu son synonyme d'origine anglaise lunch ; à côté de bavarder, jaser a surgi un mot d'origine espagnole palabrer (de l'esp. palabra - « parole ») qui signifiait jadis « tenir une conférence avec un chef nègre ». Le mot d'ori­gine anglaise barman est venu se ranger à côté des mots français serveur et garçon. Le mot anglais business ou bisness est à présent un synonyme de commerce, affaire ; à côté de salle, vestibule a apparu le mot anglais hall. II arrive parfois que les doublets étymologiques historiques conser­vent une affinité de sens qui permet de les considérer comme synonymes ; ainsi, les adjectifs raide et rigide remontent à un seul adjectif latin rigidus. Les deux mots français sont des synonymes idéographiques, tant au sens propre que dans leur emploi figuré. Au sens propre raide indique ce qui, étant très tendu, est difficile à plier ; rigide signifie tout simplement l'impossibilité d'être plié : une corde tendue est raide, une barre de fer est rigide. Au sens figuré, appliqué au caractère d'une personne, raide suppose la hauteur, la réserve froide, tandis que rigide - plutôt la sévérité, l'austérité.

Les adjectifs synonymes frêle et fragile présentent le même phénomène : tous les deux remontent à un seul adjectif latin fragilis, tous les deux indiquent l'aptitude à être brisé, cassé, mais frêle implique l'idée de la « facilité d'être courbé, ployé » qui se rapproche de la notion exprimée par l'adjectif faible : la porcelaine est fragile, la tige d'une fleur est frêle.

Mais le plus souvent c'est au développement de la polysémie que la langue doit l'apparition des synonymes. Les mots qui primitivement n'avaient rien de commun entre eux, à la suite de leur évolution séman­tique, dictée par des besoins de communication, viennent à former des séries de synonymes.

En comparant disparaître, s'éclipser, s'évanouir, s'effacer (qui sont tous des synonymes idéographiques partiels) on se rend facilement compte des voies par lesquelles ces mots ont pris des significations similaires : ce phénomène se produit généralement par le développement des emplois figurés qui se fixent peu à peu comme des significations secondaires des mots ; ainsi s'éclipser (de éclipse - «затмение») ne s'appliquait primitivement qu'au Soleil ou à la Lune. Ensuite, on a com­mencé à l'employer pour indiquer la disparition d'un objet dérobé à la vue par quelque obstacle, par exemple : un paysage qui s'éclipse dans le brouillard. Une nouvelle évolution de l'emploi figuré se produit : le verbe commence à s'employer pour « s'éloigner, disparaître aux yeux du monde » comme dans s'éclipser de la scène politique et aussi « partir à la dérobée, s'esquiver » :

Le vieux domestique s'était éclipsé (Gautier).

Le verbe s'applique aussi à des choses qui ne sont pas seulement invisibles, mais qui ne sont pas devant les yeux et, partant, s’éclipser dévient synonyme abstrait de disparaître, s'évanouir,cf. :

Ainsi s'éclipsèrent en un instant toutes mes grandes espérances (Rousseau).

Ce verbe diffère de son synonyme disparaître en ce qu'il met en relief la nuance « cesser subitement d'exister et de façon imprévue ».

Le langage populaire, l'argot et les langues de profession (ou de métier) fournissent une multitude de synonymes à valeur expressive, de synonymes stylistiques. Ce fait amène l'élargissement et le renouvellement continus des séries synonymes. Par exemple, le substantif gendarme a une quantité de synonymes très expressifs tirés de l'argot: tige, vache, bourrique et d'autres. Dans l'argot militaire le casque de soldat s'appelle soupière, boîte à poux, couvercle, ces synonymes sont passés dans la littérature.

Les parlers locaux (les dialectes) sont aussi une des sources de la synonymie. Dans certains parlers locaux, par exemple, le verbe gronder est le synonyme de parler, le substantif femelle a le sens de femme, fieu - synonyme de fils.

Le langage poétique garde les synonymes empruntés au fond archaïque de la langue. Les archaïsmes poétiques appartiennent au style élevé. Le synonyme poétique du mot vache est génisse, le substantif fer a dans la poésie le sens d’épée, le verbe trépasser remplace le verbe mourir de même que le substantif trépas est le synonyme de: mort, courroux remplace ordinairement colère, hymen est le synonyme de mariage, destrier a le sens de cheval, etc.

Les euphémismes fournissent, eux aussi, des synonymes. Ainsi, on emploie par euphémisme le mot indélicatesse au lieu du substantif vol, les verbes partir, s'en aller, s'endormir remplacent le verbe mourir. On dit d'un homme borné qu'il n'est pas grand clerc.

Parfois c’est la formationdes mots qui fournit des synonymes. Ce sont des synonymes formés du même radical. Il y a des cas où l'un des synonymes a le suffixe zéro tandis que l'autre en a un: soir - soirée, matin - matinée, froid - froidure, roc - roche - rocher. Tels sont aussi les substantifs mont et montagne qui sont des synonymes idéographiques. Le mot mont s'emploie plutôt quand on souligne le caractère individuel de l'objet : le mont Olympe, le mont Parnasse, tandis que le mot montagne a un caractère plus général : descendre une montagne, habiter au pied d'une montagne. La différence sémantique entre les substantifs meuble et mobilier consiste en ce que le premier désigne plusieurs objets individuels, tandis que le second envisage ces objets dans leur ensemble.

Il y a aussi des synonymes formés du même radical et ayant des suffixes-synonymes: soient deux substantifs feuillage (m) et feuillée (f) dont les suffixes -âge et -ée, marquant un ensemble d'objets de même espèce, sont synonymes. Tel est qussi le cas de ennuyant - ennuyeux.

Les abréviations sont aussi une des sources de la synonymie. Ce sont, par exemple, les paires de mots telles que: vélocipède - vélo, téléviseur - télé, restaurant - resto, cinématographe - cinéma (ciné), métallurgiste - métallo, sténo graphiste - sténo, etc.

 

III. QUESTIONS D’AUTOCONTRÔLE :

 

1. a)Quels sous-systèmes des ensembles lexicaux distingue-t-on ?

b)Quels sous-systèmes formels distingue-t-on dans le vocabulaire

d’une langue?

c)Quels sous-systèmes sémantiques distingue-t-on dans le vocabulaire d’une langue? Définissez chacun de ces sous-systèmes.

d)Quels sous-systèmes sémantico-formels distingue-t-on dans le

vocabulaire d’une langue?

 

2. a)En quoi consiste le caractère historique des synonymes comme

série lexicale ?

b)En quoi consiste le caractère dialectique des synonymes comme

série lexicale ?

 

3. a) Pourquoi les mots sémantiquement apparentés, réunis par un

terme d’identification ne peuvent pas être qualifiés de synonymes?

b) Pourquoi la dénomination du même objet de la réalité n’est point

non plus un critère de la synonymie ?

c) Par quoi est limitée l’interchangeabilité des mots comme critère de

la synonymie ?

d) Quel critère reste le seul valable de la synonymie ?

e)Quelle définition de la synonymie paraît être la plus réussie et

pourquoi ?

4. a)Qu’est-ce que c’est que la synonymie absolue ?

b) Quelles couches lexicales contiennent les synonymes absolus ?

c) Pourquoi généralement la synonymie n’est que relative ?

 

5. a) Quels types de synonymes distingue-t-on en français moderne ?

b) En quoi consistent les particularités des synonymes

idéographiques ? Citez-en les exemples.

c) Comment se manifestent les variations affectives de mots au sein

du vocabulaire français ? Citez-en les exemples.

d) Qu’est-ce que c’est que les synonymes stylistiques ? Citez-en les

exemples.

e) En quoi consistent les particularités des synonymes à emploi

différent ? Citez-en les exemples.

f)Est-ce qu’il y a des cloisons infranchissables entre ces types de

variations synonymiques ?

6. a)Qu’est-ce que c’est que la synonymie partielle ? Quelle en est la

cause ? Citez-en les exemples.

b)En quoi consiste laparticularité de la synonymie partielle des mots

à sens phraséologiquement lié ?

 

7. a)Citez les exemples de la synonymie d’une locution phraséologique

et d’un mot isolé.

b)Citez les exemples de la synonymie des locutions phraséologiques.

c)Quels sont traits les particuliers de la synonymie des groupements

phraséologiques ?

d)Pourquoi la synonymie partielle n’est pas propre aux groupements

phraséologiques ?

 

8. a) Quelles sources de la synonymie distingue-t-on ?

b) Citez les exemples pour chaque source de la synonymie.

IV. OUVRAGES A CONSULTER :

 

3. Лопатникова Н.Н. Лексикология современного французского языка (на франц. языке). – М.: Высшая школа, 2006. – С. 199-215.

4. Тимескова И.Н.,Тархова В.А. Лексикология современного

французского языка (на франц. языке). – Л.: Просвещение,

1967. – С. 135-150.

3. Тархова В.А. Хрестоматия по лексикологии французского

языка (на франц. языке). – Л.: Просвещение, 1972. – С. 169-186.

 

 

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